‹ Nicolas Champion (volume 2)Chapitre 16 sur 19 · FIANÇAILLES · texte numérisé non relu

FIANÇAILLES

Le matin du jour où devait avoir lieu la séance royale du parlement présidée par la petite reine, trois carrosses entrèrent à la fois et par trois portes différentes dans la vieille cité d'Edimbourg. Le premier qu'entourait

une riche el nombreuse escorte amenait la reine Marie Stuart, et Maiie de Lorraine, sa mère: le second appartenait à lord d' Arrun, et le troisième venant du nord, renfermait un jeune homme (jui comptait dix sept ans tout au plus, quoique la physionomie de ce jeune homme, grave et fausse, semblât annoncer un Age beaucoup plus avancé. Les trois voitures s'arrêtèrent en même temps devant le vieux palais où commençaient déjà à se reunir les membres du parlement. Lord d'Arran se hâta de venir se mêler parmi les plus empressés à recevoir la régente et sa fille, et leur présenta ses hommages.

Lord d'Arran pouvait compter cinquante ans environ. C'était un homme de petite taille, mince, fluet et d'un tempérament bilieux. Des événemens étranges, et qu'on ne disait que

tout bas à l'oreille, l'avaient l'ail passer cîe l'humble position de cadet d'une famille pauvre, au premier rang et à une fortune brillante. Orphelin, élevé par charité chez lord Mac Stewgal, frère de sa mère, un soir, il se promenait en nacelle dans le Solwa}' avec sonbienfaiteur et trois de ses cousins^ lils et héritiers du vieillard... LcAvis d'Arran tenait les rames, tout à coup la barque chavire, les cinq promeneurs tombent à l'eau, un seul se sauve, un seul que la mort des trois autres fait passer de la pauvreté à l'opulence et rend héritier d'une fortune presque royale et du titre de pair écossais... Une fois puissant et riche, lord d'Arran marcha vite dans la voie de l'ambition, car il joignait au crédit de son nom et à l'influence de son or, une adresse et une intelligence auxquelles rien ne savait résister. Aussi, la rené elle-même, que sub-

jiigua peu ù peu cet homme, finit par oublier la sinistre origine prêtée à sa fortune, crut à son dévoùment, et lui remit, pour ainsi dirc^ entre les mains, sa destinée el celle de Marie Smart. /Vlôrs d'Arran jeta le masque et révéla ks vues ambitieuses (jui tendaient à placer son propre fds sur le trône d'Ecosse, à côté delà petite reine. On sent avec quelle indignation Marie de Lorraine apprit cette trahison! Mais au pouvoir de lord d'Arran, elle se contint, dissimula, répondit qu'elle comptait bientôt conférer avec le parlement sur le fiancé à donner à Marie, et sans encourager l'ambition du régent, elle ne la découragea point.

Alors le couite d'Arran ne s'occupa plus que de se foi nier un parti dans le parlement, T. 1. 20

et il prodigua, dons ce but, loul co <|u'il possédait de crédit, de ruse et de richesses. C'était donc le cœur gonflé d'espérances qu'il se rendait à l'assemblée où de si graves questions pour lui allaient se résoudre. Il y avait dans l'assurance avec laquelle il salua Marie de Lorraine quelque chose qui épouvanta d'abord la régente et qui la fit trembler : elle était de la famille des Guise, et le* découragement ne courba qu'un moment cette âme énergique. Arrivée dans le vestibule du palais, elle s'entretenait paisiblement et le sourire sur les lèvres avec celui dentelle allait se faire à jamais un ennemi mortel, lorsque le jeune homme pâle dont nous avons parlé au commencement de ce chapitre fendit la foule , s'agenouilla devant la régente et lui remit une lettre scellée. Marie de Lorraine,, à la vue de cette lettre , sentit ses yeux se mouiller de

larnios, cnr elle avait reconnu l'écriture de son époux Jacques V. Elle brisa le nœud (|ni fermait la cédule et lut ce qui suit:

A Marie de Lorraine^ reine d'Ecosse.

(( Bien aimée épouse^ si jamais je venais

« à être appelé devant Dieu en ces temps de

« périls et de guerre, je recommande à voire

« protection et confie à votre tendresse le

« rds que je dois à l'une des fautes de ma

« jeunesse, vous priant, au nom de la sainte

« mère de Dieu , et pour l'amour de moi ,

« de devenir une protectrice et une mère à

'< Jacques Murray , baron de Saint-André

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