CAROLUS , REX
— Relevez-vous, mon fils, dit la reine
rmiro, on tendant In main au jenno homme : relevez vous , Jaeques , et venez eml)rasser votre mère et votre sa^ur. r.e fils de celui qui nous voit du haut du ciel sait si mon cœur est disposé à vous proléger et à vous aimer. Désormais vous ne noQs quitterez plus.
Murray s'inclina profon;!ément et suivit la régente , mêlé au cortège qui l'accompagnait y dans la salle où la séance royale ifevait se tenir. La petite Marie Sluart, la couronne en tête 5 et le manteau d'hermine sur les épaules^ alla s'asseoir sur le trône qu'on lui avait ♦préparé. La régente se plaça à sa droite et lord d'Arran à sa gauche. Lorsque les acclamations qui saluèrent la petite reine se furent apaisées et que le silence s'établit, le régent se leva et dans un long discours plein d'à-
<lici>sii , ii exposa que les iiilérèls du luyaume cxigeaiciU que l'cui dioisil un époux à la reine, afin (le donner un défenseur à l'Ecosse el surtout de mettre un terme aux agitations fomentées par tous les princes qui prétendaient à cet hymen pour eux ou pour les leurs, r.a régente, ajouta-t-il en terminant, doit être appelée la première à émettre son avis sur une résolution aussi grave : sans doute elle va prévenir nos désirs à cet égard .
— Oui, mylords, répliqua Marie de Lorraine en se levant; oui, l'Ecosse a besoin d'un appui, et ma fille d'un protecteur. Aussi viens-je de vous annpncer avec une joie d'E^- «ossaise et de mère que tous vos vœux et les miens sont rem|)iïs; sa majesté le roi de France Henri, deuxième du nom, me fait
doniaiulci' la main tie la reine Marie Stnart li'Iu'.ossc, pour son (ils aîné le dauphin Fijuieois.
Par un mouvement unanime, tout le parlement se leva pour applaudir à ces paroles de la reine, et poussa des exclamations d'enthousiasme ; lord d'Arran lui - même dut feindre Tentraînement de cet enthousiasme ; mais Marie de Lorraine frisonna sous le regard mortel qui lui jeta cet homme.
— My lords, dit le régent sans que sa voix parut émue, il ne vous reste plus qu'à régler les conditions d'un mariage qui dépasse toutes les espérances que pouvait former l'Ecosse.
— La reine , lepril Marie de Lorraine , partira pour la France, sous la protection de mon neveu Henri de Guise, et y demeurera près du roi son beau-père, jusqu'à rèpo(|ue de sa aiajorité. Alors, elle reviendra parmi nous prendre le sceptre des mains fidèles à qui elle Fa confié, et conservera à l'Ecosse la paix et le bonheur que, d'ici-là , nous espérons voir rendus depuis longtemps à notre patrie.
De nouvelles acclamations sanctionnèrent ces projets de la régente; les membres du parlement se séparèrent en se félicitant d'un dénouement aussi heureux qu'inattendu.
Restée seule dans la salle avec sa fille et .son cortège particulier y IVlaiie de Lorraine fit
signe au jeune prieur de Saint- Andrû de s'avancer près d'elle. Il obéit. Elle le considéra (pielrpies instants avec une vive émotion, car elle reconnaissait en lui tous les traits de Jac- (jues V, qu'elle avait aimé avec une si vive tendresse.
— Enfant, dit-elle, mon cœur ne veut plus établir de différence entre vous et votre sœur. Devenez pour moi un véritable fils; soyez pour elle un frère dévoué, un protecteur fidèle. Hélas 1 elle n'a que ti'op besoin (l'un pareil soutien î
En disant cela , elle pleurait : [)uis soulevant la petite reine qui regardait celte scène sans y rien comprendre , elle la mit dans les bras (ie Jac(iues. La charmante créature le regarda
(Hiel(|iios instants avec uno mine à lu l'ois effarouchée et rieuse. Mais, rassurée par les paroles de sa mère , elle passa ses deux bias potelés autour du cou de son frère , cl baisa de ses lèvres roses les joues du prieur.
Jacques Murra}' répondit ;
— Dieu et mon père iirentendent, madame; si je manque aux devoirs (|ui me sont imposés par ma naissance , que je sois tnaudit et puni par eux !
En parlant ainsi, ses lèvres étaient pâles, sa voix tremblait, et ses yeux resiaieni altacliés sur la terre. Enfin, il ne put réprimer un léger frisson, lorsque Marie de Lorraine
so |>on(^lia vers lui vA Tembrassa au IVonl eu répéta ni :
— Tu es mon (ils bien aimé, Jacques !