AVANT-PROPOS. XI
jouèrent, dans la crise de 18S3, les personnages chargés du périlleux honneur de sauvegarder la dignité de la France devant le monde. Ces hommes, disons-le hautement, ont droit à leur place au soleil de l'histoire. Ils s'appellent, chez nous, Drouyn de Lhuys, Walewski, Thouvenel, La Valette, Bourqueney, Castelbajac, Moustier. Tous, avec les nuances différentes de leur caractère, de leur éducation, de leurs sympathies, de leurs antécédents, de leur talent, tous eurent, au plus haut degré, le sentiment net et profond de la solennité de l'heure qui sonnait à l'horloge des temps. Leurs efforts, leurs idées, les illusions de quelques-uns d'entre eux, avaient leurs racines dans les entrailles mêmes de l'honneur de la France I Quand on aborde un semblable terrain, il n'y a plus de partis politiques, il n'y a plus de divisions intestines, il n'y a plus que la patrie. Ils ne connurent qu'elle, et ce sera là leur éternel honneur aux yeux de tous les juges impartiaux. Nous verrons successivement chacun de ces personnages prendre la parole dans le grand débat alors ouvert, exposer et défendre leurs idées, souvent avec chaleur, et cela,
XII AVANT-I'ROPOS.
non pas dans les dépêches otticielles qui restent soigneusement en dehors de celte publication, mais dans des lettres intimes, plus favorables, par conséquent, aux confidences et aux épanchements.
Les détails piquants, les anecdotes sur les hommes du jour, viennent souvent animer la série de ces documents entièrement inédits, si l'on en excepte trois ou quatre passages saillants des lettres du général mar([uis de Castelbajac, minisire de France à Saint-Pétersbourg, et du marquis de Moustier, ministre de France à Berlin, que nous nous sommes décidé à communiquer à M Rothan, sur sa demande expresse, et peu de temps avant la mort du regretté diplomate. Quant aux lettres confidentielles de M. Thouvenel, si importantes dans leur concision, par suite du rôle joué à cette époque par ce diplomate, soit comme directeur des affaires politiques, soit comme ministre intérimaire des affaires étrangères, pendant le séjour de M. Drouyn de Lhuys aux conférences de Vienne, elles n'ont jamais été connues de personne, et nous en devons la communication à la courtoisie du marquis de Castelbajac, fils de notre