XVIII NOTICE HISTORIQUE
C'est vers Tan 44 après Jésus-Christ, à Anlioche, que Ton signale les premiers vestiges du christianisme, dans les régions de Syrie et de Palestine. Pendant les deux siècles suivants, Jérusalem et le pays environnant sont le théâtre de persécutions de tous genres. L'an 130 de Tère chrétienne, l'empereur romain Adrien bâtit, à Jérusalem, un temple dédié à Jupiter Capitolin. L'an 326, Timpératriee Hélène, depuis sainte Hélène, femme de l'empereur Constance Chlore, visite la Terre Sainte et y érige plusieurs sanctuaires, notamment celui du Saint Sépulcre, dans les fondations duquel fut découverte la vraie croix. L'impératrice Hélène, à qui revient, sans contestation, l'honneur du premier établissement chrétien à Jérusalem, professait la religion romaine. Cette princesse mourut en 328, et légua l'ensemble de ses fondations à l'Église roniaine, autrement dit lalim. Malgré les prétentions postérieurement élevées par rÉglise grecque ou orthodoxe, sur l'héritage religieux de l'impératrice Hélène, cette princesse n a pas pu disposer des sanctuaires établis par elle, en faveur de l'Église grecque, par la raison que cette Église n'existait pas encore. En effet, les premiers dissentiments entre le clergé d'Occident
chrétien^ à quelque nationalité qu'il appartînt, non sujet du sultan. Ainsi, dans le langage oriental, un Italien, un Espagnol, un Anglais étaient des Francs aussi bien que les Français. Par contre, étaient appelés raiai tous les sujets du sultan professant une religion autre que la religion musulmane : ainsi un Bulgare, un Serbe, un Grée, un Moldave, un Valaque étaient des raias. Si maintenant nous quittons le terrain civil pour nous transporter sur le terrain religieux, le mot Franc a une tout autre signification. 11 ne désigne plus que les membres du clergé /a<i>i, par opposition au clergé grec. Par conséquent, religieux franc veut dire religieux, latin^ et, lorsque, dans les firmans du sultan relatifs aux sanctuaires de Terre Sainte, l'on rencontre le mol Francs, il signifie toujours les latins, par opposition aux grecs.
IfOTICE HISTORIQUE. XIX
et le clergé d*Orîent ont pris naissance seulement au VI* siècle, c'est-à-dire deux cents ans après la mort de rimpératrice Hélène. Quant au schisme de Pholius, à partir duquel le divorce fut consommé en Ire les deux Églises, il n'eut lieu qu'en 8G2, c'est-à-dire plus de cinq cents ans après la mort de sainte Hélène. Le point de départ de l'obscure question des Lieux Saints se trouve donc ainsi absolument ûxé, pur un simple rapprochement de dates' en faveur des latins.
L'empereur Constantin le Grand, flls de Fimpératrice Hélène, maintint en Terre Sainte les pieuses fondations de sa mère; mais l'invasion des Persans en 614, celle des Arabes avec Omar en G36, jetèrent le trouble le plus profond dans les établissements chrétiens à Jérusalem. Il importe cependant de remarquer que le calife Omar, entré dans Jérusalem par une capitulation de la ville et non de vive force, laissa, selon la loi de Mahomet, aux habitants, leurs anciennes églises, avec la permission de les entretenir^ d'y célébrer leur culte, mais non de bâtir de nouveaux sanctuaires. De plus, l'Église grecque orthodoxe prétendit, bien des années plus tard, avoir ret^u du calife Omar un ûrman qu'elle désignait sous le nom de firman d'Omar, et qui l'investissait de privilèges étendus en Terre Sainte. Or, il fut reconnu, ainsi qu'on le verra plus loin, que cette pièce était apocryphe et n'avait, par conséquent, aucune valeur.
En Tan 800 de l'ère chrétienne, le calife Haroun al Raschid envoya à Charlemagne les clefs du Saint Sépulcre, comme gage solennel d'alliance et d'amitié.
En 957, se produisit un (ait dont les conséquences devaient être incalculables. La grande-princesse de Russie, Olga, embrassa la religion chrétienne. En 958, Wladimir le Grand, grand-prince de Russie, re<;ut le baptême et établit
XX NOTICE IIISTORIQUK.
à Kiew le sièjçc delà nouNellt* Éfjliso qui rele\ait noininak*ment du patriarche grec de Conslantinople. En 1099, les Croisés entrent d Jérusalem et y fondent un royaume qui dure jusquen 1187, époque où le sultan d'Egypte, Saladin, s'empare do Jérusalem. En 121:^, un acte l'cconiiaît les droits des latins en Terre Sainte. En 1217, les Turcs s'emparent, à leur tour, de Jérusalem. En \±29, cette ville est cédée à l'empereur d'Allemagne Frédéric II. Les Turcs la reprennent en 1:241, et, en 1277, le sultan Akmet Acheref reconnaît les droits des religieux latins. En i;ii2, ces mêmes di*oi(s sont encore une fois reconnus. Les Mameluks s'emparent de Jérusalem en 1382. Peu apri's, en 14^W, l'Église gréco-russe, dont nous avons parlé plus haut, se réunit à l'Église latine ou romaine, aprOs le concile de Florence. En 1453, l'empire byzantin, qui avait duré onze cenU ans, tombe sous les coups virtoricux partes par Mahomet 11 à l'héroïque Constantin Dracos^s, le dernier empereur de Constanlinople, qui fut tué sur les i-eniparts de sii capitale. En 1514, l'Église gréco-russe, (lui s'était, on l'a vu, rattarhée un instant à l'Eglise romaine, se sépare et se rattache de nouveau à l'Église d'Orient. Enfin, en 1517, les Turcs reprennent une dernière fois Jérusalem, et la possèdent encore aujourd'hui.
L'année 1523 voit se nouer, entre le roi Franc^ois P*" et Soliman le Grand, les premières relations oilicielles de la France et delà Turquie. Depuis l'entrée des Turcs à Constanlinople, jusqu'à la date à laquelle nous sommes arrivés, les Vénitiens, à peu près seuls, de tous les peuples d'Occident, avaient entretenu des rapports avec les sultans, et encore ces rapports étaient-ils exclusivement commerciaux. Par les actes connus sous le nom de Capitulations, les sultans consentent à octroyer à diverses nationalités européennes, mais particulièrement aux Français, un certain nombre de pri-