AVANT-PROPOS. VII
lem, il n'y a guère d'entente possible entre les deux pays, à moins que l'un ne veuille céder à l'autre sur toute la ligne. Il faudrait, pour que la Russie modérât son ardeur en Palestine, que l'ère de l'indifférence religieuse ou politique fût inaugurée pour elle. Or, tout nous prouve le contraire. D'autre part, en Orient, qui dit religion dit politique, et les intérêts soi-disant religieux de la France dans le Levant ne sont, au fond, on ne saurait le dire assez haut, que des intérêts d'ordre très temporels. Tout nous porte donc à croire que c'est intentionnellement qu'on laisse sommeiller la question des Lieux Saints. Ne haussons pas trop la voix, de peur de la réveiller en sursaut, ce qui, vu son âge, pourrait la mener à mal; mais ne craignons pas de l'aborder, surtout dans un passé de quarante ans, et rajeunie, espérons-le du moins, par des aperçus, des anecdotes, des documents absoluments inédits. Au reste, plus Ton creuse cet éternel débat, plus on forme sincèrement le vœu, étrange peut-être dans la bouche d'un Latin, nous le reconnaissons, de voir la Turquie conserver longtemps la plénitude de son rôle à Jérusalem. Si cette partie
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de rhérilage des sultans, en admettant que cet héritage soit jamais ouvert, devait tomber un jour entre nos mains comme un fruit mûr, nous nous garderions bien d'émettre un vœu aussi hérétique. Mais, si le territoire sacré, objet de tant de convoitises depuis Constantin le Grand, se séparait enfin du reste de l'empire turc, tout porte à croire que nous serions devancés en Palestine par les Russes, qui ne cessent d'v gagner du terrain et qui font, dans ce but, des sacrifices considérables. Aujourd'hui que les circonstances semblent nous rapprocher du grand empire du îVord, il vaut mieux ne pas trop insister sur une semblable hypothèse, quelque grave qu'elle soit !
Par une singulière coïncidence, qui contribuera peut-être à nous attirer également la mauvaise humeur d'une autre catégorie de lecteurs, Talliance de la France et de l'Angleterre, qui fut la base de la politique de 18oi, n'apparaît pas non plus, d'après les documents que nous mettons au jour, comme le dernier mot de la félicité politique pour notre pays. Le prince de Talleyrand, devenu, vers la fin de sa longue carrière, grand