‹ Nicolas FoucquetChapitre 105 sur 183 · MAZARIN RECLAME DE L*ARGENT · texte numérisé non relu

MAZARIN RECLAME DE L*ARGENT

du ministre ^ dont la colère retomba très injustement sur le surintendant.

Depuis plus d'un mois Mazarin, à l'instigation de Colbert, ne cessait de réclamer de l'argent, non pour la guerre, mais pour lui, soit comme ayant avancé des fonds, soit comme fournisseur du pain de munition. Foucquet, au lieu d'argent ou de rentes qu'il n'avait pas, offrait des délégations sur des affaires dites extraordinaires, par exemple sur une fabrication de menue monnaie. Colbert, qui savait que le petit peuple voyait cette opération d'un mauvais œil, refusait. Il redoutait des indiscrétions dangereuses pour la repu* tation de son maître^.

Mazarin se montra moins impressionnable que son intendant. Certes, il était absolument nécessaire que son nom ne parût pas; mais « on peut remédier à cet inconvénient en faisant paroître le nom d'Albert^ ou tel autre que vous jugerez à propos ». Il y avait d'autant plus lieu d'être coulant que Foucquet employait Cantarini et Cenami, banquiers et débiteurs du ministre, dans cette fabrique de monnaies ; de plus, on avait ménagé un donatif , en bon français, un pot-de-vin, dont le Cardinal pourrait disposer"^. Mais si Tavide Italien prenait les petites sommes, il ne renonçait pas à exiger les grosses.

Nous touchons à la crise.

Le 12 juin, Mazarin recommençait à écrire à Colbert au çujet de ses remboursements. Le surintendant lui avait bien répondu; son frère l'abbé, porteur de la lettre, en avait bien confirmé les promesses. Tout cela ne le satisfaisait pas. Il voulait être remboursé. « C'étoit plus qu'équitable, puisque le surintendant sortoit de tous les engagements où

* MoKTGLAT, Mémoires, p. 321.

* Colbert h Mazarin, 24 mai 1657. Lettre citée par ChÉruel, Mémoire sur Foucquet, t. I, p. 323.

» Mazarin à Colbert, 12 juin 1657. /6Û/., p. 325, 327. « Colbert à Mazarin, 22 juin 1657. Ibid., p. 326.

il ëtoit entré pour le service du Roi. » Il priait donc Colbert d'insister, et Colbert n'était pas homme à adoucir le ton blessant de ces réclamations.

Ainsi poussé, Foucquet promit, faute de mieux, 300,000 livres à prendre sur une affaire concernant les intendances de finances. 150,000 livres seraient versées à Colbert immédiatement '. C'était au moins une preuve de bonne volonté. Mais Mazarin, de mauvaise humeur, répondit par des paroles fort piquantes : « Vous pourrez dire à M. le procureur général qu'il eût été bon que j'eusse été remboursé de ces dernières avances par des affaires faites et non par celles qu'il projette de faire. » Puis, accentuant son mécontentement : « lime semble, ajoutait-il, que sans présomption, je pourrois être considéré comme les autres qui ont fait des avances et qui ont été remboursés sur les dernières affaires et qui sont payés des intérêts jusqu'au dernier sol, pendant que je ne sais pas ce que c'est que d'avoir un denier d'intérêt. »

A cette seconde attaque, Foucquet répliqua par une lettre fort raide. 11 a appris de divers lieux les plaintes continuelles de Son Éminence sur le défaut d'argent et la mauvaise administration des finances. Cependant, les payements ont été opérés ponctuellement; dans l'abondance des meilleurs temps, les choses n'ont jamais été de la sorte. Si cette considération ne touche pas le cœur du ministre, « au moins son propre intérêt et celui de l'État devroient le retenir. Foucquet l'a mille fois suplié de ne pas faire paraître de ces choses qui ôtent le crédit et ne permettent pas au surintendant de servir utilement, pendant le temps qu'il plaira à Son Éminence de le laisser à son poste. » Est-il raisonnable qu'aussitôt le Roi sorti de Paris, lui^ Foucquet, reste exposé à tous les mauvais offices de ses ennemis et de ses envieux?

1 Foucquet obtenait ces 150,000 francs en aliénant 22,500 livres de rente, c'est-à-dire au taux de 15 pour 100. Mazarin et Colbert connaissaient parfaitement CCS conditions.

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