FODCQUET RÉDIGE SON PROJET DE DÉFENSE
^lors il faudrait se défendre. Soit, mais comment? C'était «n des procédés d'esprit de Foucquet d'éprouver ses pensées en les écrivant '. Il écrivait d'ailleurs presque aussi vite •qu'il pensait, jetant sur le papier tout ce qui lui passait par la tète, sauf à revoir à loisir cette composition de premier jet *.
Après s'être enfermé tout un jour dans ce cabinet, Foucquet prit une demi-feuille de petit papier, pliée par la «noitié, et, pendant une heure, la couvrit recto et verso de son écriture fine et serrée *.
Or, voici ce qu'il écrivit rapidement, fiévreusement : « L'esprit de Son Émincnce, susceptible * {naturellement) •de toutes {capable de tout) mauvaises impressions contre qui que ce soit {la faiblesse d* esprit de 1032'*, le pouvoir absolu) qu'il a sur 2,000 ® et sur 1,500 ^ {et par conséquent l'autorité souveraine dans 1 ,600 ®), et particulièrement contre ceux qui sont en quelque {un) poste considérable et dans {en) quelque estime dans le monde, son naturel deffiant et jaloux, les dissensions et inimitiés qu'il a semées {dans l'esprit de) avec un soin et un artifice incroiable dans Tesprit de tous ceux qui ont quelque part dans les affaires de l'Estat {et le peu de reconnoissance quil a des services
' Ce point est constant et bien ctal)li par Ténorine masse d* Agendas, Mémoires, etc., qu'on saisit lors de Tarrestation de Foucquet.
^ « Pour moy, qui écris fort vite quand j'écris sur une matière qui m'occupe la pensée. » Défenses^ t. IV, p. 7 et 10.
^ Talon et Foucquet ont beaucoup discuté sur la forme et l'importance de -ce papier, dont on ne cite que des copies figurées. A l'interrogatoire, on parle de six demi-feuilles de papier pliées par la moitié avec un quart de feuille, le tout entièrement écrit de toutes parts. Défenses, t. XVI, p. 148. Talon les présente comme constituant « sept cahiers, chacun des six premiers de quatre pages, le septième de deux pages » . Foucquet ne voit qu'une demifeuille de petit papier. Défenses, t. IV, p. 10.
^ Je reproduis intégralement un paragraphe de la copie figurée, les mots •entre parenthèses sont les mots raturés ou ajoutés par Foucquet.
^ La Reine.
^ La Reine.
■ï Le Roi.
■* Paris.
receus quand il ne croit plus avoir besoin de ceux qui les lui ont rendus donnant lieu ii chacun de l'appréhender); et de plus en mon particulier Fenvie et Tinimitié qu'attire inévitablement l'emploi des finances, à quoy ont donné plus de lieu le chagrin que prend... {prendre à) et le plaisir qu'il témoigne trop {souvent et trop) ouvertement d'escouter tous ceux qui veulent {qui luy ont) se... parlent... contre moy, ausquels il donne tout accez et toute créance, sans considérer la qualité des gens, Tintérest qui les pousse et le tort qu'il se fait à luy-mesme, en {de) discréditant {discret diter) un surintendant dont le crédit seul {qui a toujours) fait subsister TEstat. »
Comme on le voit, Foucquet avait encore présents à l'esprit les termes de sa lettre au Cardinal, où il lui reprochait d'écouter volontiers ses ennemis.
Le voilà convaincu que Mazarin veut sa perte. « Il faut donc craindre tout et le prévoir. »
Première hypothèse. Foucquet est mis en prison et son frère l'abbé laissé libre; alors, on suivra les instructions de son frère, qui est aussi son obligé et dont Tamitié ne fait pas doute.
Seconde hypothèse. Nicolas et Basile sont prisonniers, mais on peut leur parler. En ce cas, ils donneront leurs ordres selon les circonstances. L'instruction ne devra servir que si, troisième hypothèse, Foucquet est en prison étroite, sans commerce avec ses amis.
Alors sa mère, sa femme, ses frères, son gendre, ses parents s'emploieront pour lui faire avoir un valet, puis un cuisinier, u laissant entendre qu'il ne mange pas et que Ton ne doit' pas refuser cette satisfaction, à moins d'avoir quelque mauvais dessein » .
On demanderait ensuite l'envoi de livres, d'un médecin ; on gagnerait les autres prisonniers, les gardes, u ce qui se fait toujours, avec un peu de temps et d'argent et d'application tt •