‹ Nicolas FoucquetChapitre 11 sur 183 · CHAMBRE DE JUSTICE DE L'ARSENAL · texte numérisé non relu

CHAMBRE DE JUSTICE DE L'ARSENAL

vice ordinaire. C'était une charge, possédée par commission, qui rapportait beaucoup et ne coûtait rien. Par la même occasion, Theureux favori de Richelieu revendît cent quarante-quatre mille livres et deux cents pistoles son office de maître des requêtes, acheté seulement soixante-neuf mille livres et cent pistoles (25 septembre 1627)'. En 1628, il figura parmi les « bons conseillers » laissés par Louis XllI à son frère Gaston, chargé en apparence de la lieutenance du royaume^. Ces conseillers étaient des surveillants.

Les ministres comme Richelieu, et même ceux qui n'ont pas sa valeur, vendent ce qu'ils donnent. La même année, le Cardinal, en hostilité déclarée avec le Parlement, établit à TÂrsenal une Chambre de justice composée de commissaires arbitrairement nommés par le Roi. On alléguait certains crimes de fausse monnaie, commis par des personnes de qualité que les juges ordinaires n'osaient punir. En réalité, le ministre livrait ses ennemis à cette juridiction exceptionnelle.

François Foucquet fut nommé membre de cette Chambre, avec l'obligation de siéger à côté de Laffemas. Le précédent de Nantes faisait sentir sa déplorable influence. Au nom du Parlement, un avocat général, Omer Talon, protesta contre cette violation des lois du royaume. Vaines protestations. On condamna les soi-disant faux monnayeurs, on les exécuta, Richelieu en convint lui-même, un peu dans les ténèbres. En même temps, à la faveur de cette obscurité, on frappait des ennemis politiques, on envoyait aux galères perpétuelles un médecin nommé Du val, pour pronostics sur la vie du Roi et pour « apport de lettres de Lorraine » . C'est toujours le procédé apphqué au jugement de Chalais ; un fait médiocre, mais précis, joint à un fait douteux ou qu'on n'ose préciser. Le sort de ce malheureux Duval est

1 F. Foucquet vendît son office au sieur Mangot. Voy. Inventaire, étude de M. Lefebvre, notaire h Pnrià.

• Letlrex du cardinal de Richelieu, t. III, p. 660.

digne de mention. Longtemps après la mort du Cardinal, après la mort du Roi, après celle de François Foucquet et de son fils Nicolas, Duval restait encoreau bagne, en quelque sorte oublie, exerçant ses petits talents et tirant Thoroscope des visiteurs ' .

Dès ce temps-là, toutfinissait par des chansons. On dansa à la cour le Ballet du Chasteau de Bicestre, Trois faux monnayeurs, les habits chamarrés de pièces fausses, les mains garnies de cisailles, tenailles, marteaux, etc., étaient arrêtés par trois archers danseurs, jugcfs et condamnés par un juge et son greffier, personnages comiques, selon le livret*.

On n\ivait pas traduit que de pauvres diables devant la Chambre nullement comique qui siégeait a T Arsenal. La liste est longue des gens de distinction atteints dans leurs biens et dans leur liberté. Une des poursuites fut grave entre toutes. Elle visait Mme du Fargis'"*, dame d'honneur de la Reine, accusée par le Cardinal d'avoir, pendant une récente maladie du Roi, repris les projets de mariage entre Gaston et la Reine, qui n'aurait pas fermé Toreilleà ces propos. C'était, à huit années de distimce, Taffaire Chalais recommencée sous une forme plus insultante encore. On ne décapita Mme du Fargis qu'en effigie; mais cette condamnation n'en fut pas moins ressentie comme une injure odieuse j)ar la reine Anne d'Autriche*.

Pour être juste, il faut reconnaître que, laissé à lui-même, François Foucquet employait tout son crédit à l'atténuation des rigueurs décrétées par son redoutable maître.

Au cours de Tannée 1631, deux gentilshommes, La Rivière et Gonlas, émigrés en Lorraine à la suite de Gaston, furent exilés de cet exil par un caprice de leur étrange sei-

' Lkvassoh, Histoire de Tjutis XII f, t. VII, p. il. Cf. Ricuemru, Mémoires, t. II, p. 3:iV.

' Mercure frauçoiSy t. XVIII, |>. 3«i, année 1G32.

* Tallkjuant, HiHoriettes , t. II, p. 7. « Son plus {;rand crime fut <picï !«* Cardinnl crut qu'elle Tavoit mal servy au|)rcé de la Heine dans son anioureite. »

* Tallkmant, HifforietteSy t. II, p. 7.

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