CARACTÈRE PACIFIQUE DE FR. FOUCQUET
gneur. A leur rentrée en France, un prévôt les appréhenda, homme au goût du jour, ne parlant que de bastilles, de géhennes , de supplices. Goulas se souvint alors d'une alliance entre un de ses parents et François Foucquet. A ce nom de Tun « des premiers du conseil » , le prévôt mit une sourdine à ses menaces. Goulas ne s'était pas trompé. A Nancy, il recevait une lettre de Foucquet, lui recommandant de gagner du temps, de faire le malade, surtout de ne pas arriver trop près de la Bastille. A Villeneuve-Saint- Georges, le conseiller d'Etat, ayant arrangé les choses, se rendit de sa personne au-devant des prisonniers, les interrogea sévèrement et, en Hn de compte, prononça un solennel : Nullam in eu invenio causam^. Le féroce prévôt dut reconduire ses victimes où il les avait prises. « Ce bonhomme de M. Foucquet, dit un cousin de Goulas, tout chrétien et tout vertueux, se souvint de l'espèce d'alliance que nous avions avec lui. Faisant profession de suivre TÉvangile, il ne goustoit pas sans doute que Ton emprisonnât les innocents^. »
Ce n'était pas un petit éloge par le temps qui courait, quand la volonté de Richelieu faisait tomber les plus hautes têtes. Un peu plus tard, Goulas et son compagnon furent condamnés à mort, comme complices de ce Gaston qu'ils n'avaient pas été libres de quitter; mais, réfugiés en Lorraine, ils ne souffrirent qu'en peinture.
Le maréchal de Marillac ne fut pas aussi heureux. Richelieu voulait sa mort, à titre d'exemple^ pour effrayer les partisans de la Reine mère. H le fit arrêter, juger, condamner sous prétexte de concussions, dont il ne se souciait nullement. Papiers saisis sans forme, triés, détournés, juges choisis parmi les adversaires du maréchal, tous les abus de pouvoir se rencontrent dans ce procès monstrueux. Les
> Evanjjile selon saint Jean, cli. xviii, verstet 38.
* Goulas, Mémoires, t. I, p. 127, édités par la Société de Tllistoire de France.
56 NICOLAS FOUCQDET.
commissaires siégèrent à Ruel, dans le château du Cardinal. Parmi eux se trouvait Hay du Chàtelet, auteur d'une prose rimée contre Taccusé. C'était un parent de François Foucquet, qui, lui, fut assez heureux pour n'être pas compromis dans cette abominable procédure. Marillac essaya en vain de gagner du temps par de nombreuses récusations. Son vrai juge n'était pas d'humeur a attendre longtemps sa proie. Cependant la condamnation à mort ne fut prononcée qu'à la majorité d'une voix. Les éloquentes invectives de l'accusé comme le cri de la conscience publique avaient forcé le satirique Hay du Chàtelet à se retirer*.
Après Marillac, Montmorency. Ce dernier avait combattu non pas le Roi, il protestait de son amour et de sa fidélité, mais le ministre. Vaine distinction. Louis XIII était aussi dur que Richelieu. S'il n'a pas dit : « L'État, c'est moi » , il répétait sans cesse : « Non pas moi, mais mon État l'exige. » Les formes de justice opposées à ses ordres de condamnation l'exaspéraient. Ce despote de bonne foi prétait un redoutable appui au despotisme politique de son ministre.
François Foucquet fut, au moins à partir de juillet 1633, nommé aux gages de quatre mille huit cents livres par an président de la Chambre de justice de l'Arsenal, cette juridiction exceptionnelle qui prenait un caractère permanent *. Il fut encore chargé, en 1633, de liquider la succession de Montmorency ^. Deux ans plus tard, autre commission pour inventorier les papiers saisis sur un favori de Gaston, Puy-Laurens, emprisonné à Vincennes. Foucquet et son collègue, procédant avec un scrupule qui n'eut pas toujours des imitateurs, appelèrent le secrétaire de l'accusé à la levée des scellés, l'autorisèrent à parafer les pièces*.
' Griffet, Histoire de Louis XIII, t. II, p. 233, 237.
* Inventaire des meubles de Fr. Foucquet, étude de M. Lefebvre, notaire h Paris.
' Mercure françois y année 1633, t. XVIII, p. 987.
* Mercure, année 1635, p. 885,