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REPRISE DES PROJETS DE FOUCQUET

ajoutait : u II ne faut pas que Ton se fie — Pourtant à ma Philozophie. » L'événement justifia cette réserve. Girardin étant mort à Anvers, les esprits s'aigrirent en France, et Barbesières, tout jeune, tout bien fait, tout galant qu'il fût, condamné sur le réquisitoire de Foucquet, subit la peine capitale'. On voulait couper court à ce jeu des enlèvements et rassurer les capitalistes.

Foucquet usait, pour d'autres maux, de remèdes plus doux.

Sur la fin de 1657, il apprit qu'un traitant nommé Faveroles, qui tout justement venait d'être nommé échevin de Paris ', traversait une crise financière. Ses lettres de change étaient protestées. Aussitôt, le surintendant emprunta luimême 100,000 écus pour les envoyer à Faveroles, dont le crédit fut conservé '.

Le trait est d'autant plus méritoire que le sauveur était aussi besogneux que le sauvé. Dès que paraissait un peu d'argent, Mazarin et Foucquet se le disputaient. Ce dernier avait annoncé son intention de s'appliquer en couverture de ses avances personnelles 100,000 livres provenant du Languedoc; Mazarin se hâta de réclamer : « Comme nous avons aussy fait, de deçà, des advances sur ce que vous deviez fournir..., il faut que vous trouviez bon de les rabattre sur lesdites 100,000 livres, et, pour le surplus, on vous en tiendra compte sur le mois de septembre. » Et le ministre ajoutait de sa main : a Je vous prie de bien examiner les avances quej'ay fait faire, et je m'asseure que vous trouverez bon de les rembourser sur la somme de 100,000 livres du Languedoc que vous prandrés (sic) *. »

Assurément, c'était toujours une demande d'argent, mais formulée poliment.

1 LoRBT, Mute historique, t. II, p. 336, 845, 352, 383, 390. V. Cousiv, Mme de Sablé, p. 417.

* LoRBT, Muze historique, t. II, p. 871. . ' Défenses, t. IV, p. 131.

^ Mazarin au procureur général. Meti, S6 septembre 1657. Bîbl. nat. ma. fr. 23202, p. 340.

Peu à peu Foucquet perdit de vue ses craintes. Il acheta un nouveau domaine en Bretagne. Il s'appliqua surtout à embellir Vaux et Saint-Mandé. Ce dernier séjour n'avait à Torigine que l'apparence d'une médiocre u maison » . C'est Mazarin qui, pour avoir le surintendant à portée de Paris et de Vincennes, avait fait expédier un brevet du Roi permettant d'enclore « cette roture » . Le bâtiment n'était que plâtre et moellon, tout simple; mais l'ensemble révélait un goût exquis. Les meubles étaient modestes '. Des tapisseries de choix, des tableaux de maîtres, des antiques de la bonne époque ornaient cette demeure. On y admirait surtout une grande bibliothèque, réunie d'abord par les soins du père de Foucquet, sans cesse augmentée. Autour, de petits dehors, un potager, un jardin limité, mais où l'on cultivait des plantes rares : a l'orangerie était superbe «> . Saint-Mandé fut, le l" novembre, honoré de la visite du Roi, de Mazarin, de toute la Cour qui se rendaient à Vincennes. Le jeune prince témoigna une satisfaction dont les gazettes portèrent l'écho dans l'Europe entière *.

Il n'en fallait pas davantage pour rendre la confiance au surintendant.

Dès cette époque, les gouvernements avaient des difficultés de deux ordres à régler, au dehors et à l'intérieur. Au mois d'avril précédent, on avait ajourné la question du jansénisme, pour laisser le ministre libre d'aller aux armées. Le Roi, « revenu couvert de gloire • , fut aussitôt sollicité de faire enregistrer la bulle qui condamnait les novateurs. La Reine mère insistait. Le Cardinal hésitait. Enfin, il fut résolu que le jeune Louis XIV irait le 19 novembre tenir au Parlement un lit de justice à cet effet. Mais les gens du Roi et les conseillers de la grand'chambre, Nicolas Foucquet en tête, intervinrent encore. Pour apaiser leurs

1 Lettre de Poncet à Colberl, 19 septembre 1661. Archives de la Bastille, t. I, p. 366.

* LoRET, La Muxe histori<i%ie, t. II, p. 405.

CONDAMNATION DU JANSENISME. 421

collègues des enquêtes, ils trouvèrent bon d'ajouter qu'en vertu de la bulle aucune nouvelle juridiction ne serait attribuée aux prélats du royaume. Aussitôt, le nonce intervint. Cette clause était une injure au Pape. Mieux valait renoncer à Tenregistrement. L'archevêque de Toulouse suggéra un expédient. Aux mots « nouvelle juridiction » des évêques, on ajouterait : a outre celle qui leur appartient » . Mazarin approuva ce non-sens, Séguier également. Foucquet fit des objections. Enfin, on convint d'une rédaction portant qu'on ne donnait aux évêques d'autres pouvoirs que ceux qu'ils tenaient déjà des ordonnances. Autre nonsens. On tournait dans le même cercle comme en plein régime parlementaire.

Le lendemain, le Roi se rendit au Parlement, suivi de son frère, dti prince de Conti, du Cardinal, des ducs et pairs, des maréchaux de France. Séguier avait préparé un long discours qu'il dut abréger. Le président de Nesmond ajouta quelques paroles bien intentionnées. Enfin, l'avocat général. Talon, prit la parole.

Denis Talon, fils d'Omer, qui va devenir un des plus importants personnages de cette histoire, était un jeune homme ambitieux, ardent, désireux de parvenir, d'apparence austère et plus que négligée, à peine propre '. Peu de jours auparavant, aux remontrances de la Saint-Martin, il avait sévèrement reproché à ses collègues d'abandonner les anciennes mœurs, de mépriser l'antique costume, de vivre et de se vêtir à la mode, de sacrifier aux galanteries, d'être enfin, non de graves sénateurs, mais des personnages de théâtre'. Beau discours de pédagogue. Autant d'ailleurs en emportait le vent. A cette heure, il se trouvait devant un autre auditoire. Doué d'un talent de parole emphatique, mais réel et abondant, il s'érigea en arbitre entre les

I Tallbmamt, Historiettes^ Y. préface des Mémoires d*0. Talon , collection Mi chaud.

s Œuvres (T Orner et de Denis Talon, t. II, p. 73.

4M NICOLAS FOUCQDET.

jansénistes et le Pape, distribuant le blâme, contestant au Souverain Pontife le privilège de convoquer les conciles et Tinfaillibilité quanta la foi. Il concluait toutefois à Tenregistrement, parce que, s'il y avait quelque défaut dans la bulle, comme on le prétendait, « la présence du Roi et son autorité y suppléaient ' » . Comprenne qui pourra. Le reste du discours renfermait de bonnes maximes sur la tolérance, sur rinutilité de la contrainte en matière de religion; mais le tout était dit d'un ton autoritaire et cassant, qui déplut visiblement au clergé.

Mazarin, que toutes discussions avec Rome inquiétaient, prit Tavis de Tarchevéque d'Embrun, qui ne lui cacha pas son sentiment sur ce discours scandaleux. Interpellé par une députation d'évéques, Talon répondit en équivoquant. La discussion s'aigrit, à ce point que Mazarin dut faire écrire par le Roi une lettre d'excuses au Pape, et que le discours fut, comme on dit, supprimé, c'est-à-dire non inséré dans les registres *. Encore cela ne désarma point la curie romaine. Les explications furent mal accueillies'. Mazarin sacrifia Talon, l'exila à Reims. Alors, Nicolas Foucquet intervint en faveur de son collègue et s'employa pour obtenir son rappel ^.

C'est pourtant à cette heure, en apparence triomphale, que se produisit un premier craquement dans l'édifice si laborieusement élevé de la fortune des Foucquet. Nicolas et Rasile se brouillèrent.

Les causes de la désunion ne sont pas connues d'une façon précise. Il semble toutefois que le plus grand tort est imputable à l'abbé. Ses fonctions de quasi -ministre de la police ne le désignaient que trop à l'hostilité de ses adversaires politiques. Gela ne l'empêchait pas de braver l'opi-

' Rapiii, Mémoires y t. II, p. 496.

« Jbid., p. 50Î.

» Ibid, p. 501.

* Défenses, t. X, p. 34.

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