BROUILLE DE NICOLAS ET DE BASILE FOUCQUET
nion de toutes manières. Vers le commencement de Tannée 1657 f ses démêlés avec la duchesse de Chàtillon, sa mattresse, devinrent publics. Lettres compromettantes mal échangées, cassette surprise chez Tabbé par la duchesse, reprise chez la duchesse par un coup de force, meubles brisés, menaces violentes, scandale complet'.
L'abbé, à peine sorti de cette affaire, s'embarqua dans une autre, plus délicate encore, avec Mlle de Montpensier rentrée en grâce et qui revenait à la Cour. Un bruit fut répandu qu'elle aurait fait un testament de tous ses biens en faveur du prince de Condél Aussi la renverrait-on en exil. Ces propos étaient tenus à la Fère, dans une maison où se trouvait Basile Foucquet. Mademoiselle le prit de très haut. Basile voulut répondre sur le même ton. La fière princesse se f&cha. On lui fit entendre que Tabbé était un homme fort considérable, qui pouvait beaucoup pour ses amis, qui lui rendrait de grands services. « Je suis d'une qualité à ne pas chercher les ministres subalternes, j'irai droit à M. le Cardinal et ne me soucie guère de votre abbé Foucquet. J'ai fort méchante opinion d'un homme qui fait sa capitale amie de la comtesse de Fiesque^. » La comtesse, ex-amie de Mademoiselle, était soupçonnée d'intrigue avec l'abbé. En fin de compte, Basile, sur l'ordre de Mazarin, fit des excuses à la princesse, qui les reçut avec hauteur. Elle défendit même Mme de Chàtillon. « Qui auroit dit à l'amiral de Coligny : La femme de votre petit-fils sera maltraitée par l'abbé 'Foucquet, il ne l'auroit pas cru*. » Ce fut encore Nicolas Foucquet qui arrangea l'affaire, et Mademoiselle déclara que le procureur général était « un homme sage et bien avisé » .
Cela se passait vers le mois de juin. C'était environ le
1 BnssT-RABDTiK, //tVoire amoureuse des Gaules, t. I, p. 261.L*aDnoUCffar de Vllistoire, M. Boiteau, place ces faits en 1658; mais un eiamen attentif démontre qu'ils sont de 1657.
* Mo!<TpB:t8iER, Mémoires, t. III, p. 87 et suit.
» Jbid., p. M6.
temps où le surintendant et Mazarin échangeaient une aigre correspondance. La scission entre les deux frères devait dès lors exister, car Nicolas, bien qu'il eût assigné un rôle à Basile dans son plan de défense, ne le lui fit pas connaître '. Au mois de septembre, un confident du Cardinal, également confident de Basile Foucquet, écrivait à ce dernier que Son Éminence u a commencé d'avoir un peu de soubçon » que les deux frères n'étaient pas u tout-à-fait de concert » ni en ff parfaite intelligence * » . Mazarin se plaignait encore de ce qu'on eût fait prêter serment à Louis Foucquet, évéque d'Agde, avant l'arrivée des bulles, n comme si l'on avoit appréhendé quelque changement' ». Le 16 octobre, le ministre écrivait directement à Basile : « Pour ce qui est de votre charge de chancelier de l'Ordre, ce n'est pas une chose si pressée ; après le retour à Paris, on avisera^. » Il y eut bien quelque échange de tendresses artificielles entre le Cardinal et son policier^, et sans doute aussi entre les deux frères. Grâce au concours financier de Nicolas, Basile obtint la dignité si convoitée qui lui permettait de porter le superbe collier de l'Ordre. Malgré tout, en décembre 1657,1a rupture devint publique ®. Elle devait être fatale à tous les Foucquet.
1 II a été établi que Gourville seul eut connaissance du projet, et beaucoup plus tard.
3 Lettre de X... à Basile Foucquet. Metz, 23 septembre 1657. Bibl. nat., ms. fr. 23202.
3 lùid.
* M.izarin à Basile Foucquet. Metz, 16 octobre 1657. Bibl. nat., ms. fr. 23202, p. 246.
^ Mazarin à Basile Foucquet, 20 octobre 1657. Ibid,, p. 245.
• Défenses, t. X, p. 171.