DIFFICULTÉS AVEC HOCQUINCOURT
Fimprudence. Pour augmenter son fonds en espèces, il vendit Belle-Assise, domaine de sa femme, qui faisait double emploi avec Vaux et Saint-Mandé ' .
Le 25 avril 1658, le jeune Louis XIV partit de Paris, ne rêvant que sièges et batailles. Mazarin, plus diplomate que guerrier, continuait à jouer son double jeu, négociant à la fois avec Cromwell et avec Condé *. Ce dernier prince, au cœur si français et qui semblait moins servir les Espagnols que les traîner à sa suite comme des mercenaires, était tout prêt à traiter. Un vulgaire incident, amené par les persécutions policières de Basile Foucquet, fit avorter ce projet, dont la réalisation eût changé singulièrement la face des affaires.
Un lieutenant du Roi à Hesdin, en Artois, le sieur Balthasarde Fargues, supposait alors, non sans raison, qu'on voulait lui enlever une charge qu'il considérait comme sa propriété, ainsi que tous les lieutenants et gouverneurs de ce temps-là. En réalité, c'étaient eux qui, le plus souvent, entretenaient les fortifications et les garnisons, avançant de leur bourse un argent qu'ils ne recouvraient que longtemps après, quand ils le recouvraient. En même temps, le vieux maréchal d'Hocquincourt prétendait être poussé à bout par les sourdes menées de Tabbé Foucquet, son spoliateur à Ham, son ennemi en tout temps et sur tous les points '. Il encouragea, il suscita peut-être la résistance de Fargues, qu'il rejoignit dès les premiers jours de mars.
Nicolas Foucquet voulait intenter, immédiatement des poursuites judiciaires ^ contre le maréchal et ses adhérents. Le Cardinal refusa, s'approcha de la place pour la reprendre
« Défensesy t. VI, p. 149.
' MoRTPE5SiER, Mémoires^ t. II, p. 219. Cf. Bourbllt, Deux campagnes de Turenne, p. 107.
* MoiiTPBEfSiBR, Mémoires, t. II, p. 248.
A « J*aUend« toujours les ordres de V. £. contre le maréchal d*Hocquincourt et ceux qui commandent dans Hesdin. * N. Foucquet à Mazarin, 5. mai 1658. Affaires étrangères, France, 905, f* 60. Le 12 mai, Mazarin répondait : « Vous recerrez les ordres dans peu de jours* ■
par force ou par négociation. Mais alors^ Gromwell, qui voulait Dunkerque, se fâcha, considéra cette entreprise sur Hesdin, une bicoque, comme une atteinte au traité, et le jeune roi subit TafFront de passer au loin de sa ville et de son château. Naturellement, Fargues et Hocquincourt étaient entrés en relation avec Gondé, qui leur promettait son appui. Mazarin, irrité, abandonnant encore une fois ses négociations avec le Prince, se décida pour l'alliance anglaise, et la campagne de Flandre fut définitivement commencée. Fargues fit bientôt aussi mauvaise chère au maréchal qu'à Mazarin, et ce vieux soldat, dernier type de Tautocrate militaire, bizarre mélange de galanterie et de rudesse, dut se retirer à Bruxelles, où les espions de Tabbé Foucquet ne tardèrent pas à le rejoindre '. Quant à Fargues, nous le verrons plus tard payer de sa vie une parole imprudente du surintendant. A cette époque, on le laissa tranquille.
Mazarin avait fort à faire. Trente mille hommes a nourrir, et, autant que possible, en gagnant sur leur nourriture. Ce dernier soin incombait à Colbert '. Mais c'est toujours h Nicolas Foucquet qu'il s'adressait pour Targent, et avec quelles objurgations ! « Je vous prie de considérer qu'il est impossible que tout ne se renverse, s'il y a la moindre faute au payement ponctuel de ce que vous estes convenu de donner chaque mois. » Le Midi est aussi exigeant que le Nord. Il faut « absolument » de l'argent pour l'Italie et la Catalogne, a sans quoy, ces affaireslà sont exposées à des préjudices irréparables; je vous con-
1 V. deux pièces curieuses, datées d'avril 1658, où un sauf-conduit est donne à un sieur Moel, qui se retire auprès du maréchal. Affaires étrangères^ France, ÎÎ05, P> 50.
* MoTTEviLLE, Mémoires, t. IV, p. 109; Chérvbl, Histoire, t. III, p. 1311^ et RoDRELLY, Deux Campagnes de Turenne, p.. 156, combattent cette accusation qui M n'est appuyée d'aucune preuve » . Le fait n'est pas déniable. V. Clbhbut, lettres et Instructions, t. I, p. 300. Mazarin était même hardi; il voulait avancer de 1 ar{{Knt aux paysans de ses élections. Autant en faisait Colbert^ qai prêtait aux paysans de Seignelay.