DIFFICULTES FINANCIERES
jure d'y songer et de me mander ce que je dois espérer » . Le surintendant profita de la circonstance pour insinuer que le ministre lui adressait trop de solliciteurs d'ordonnances de comptant, c'est-à-dire de payements à vue et en espèces. Il en vient une infinité « qui ont ou auront des lettres de Votre Éminence, mais je la supplie de me donner un peu de relasche » . Mazarin fit semblant de ne rien entendre '. Enfin, Foucquet fournit les fonds. Sans plus le remercier, le Cardinal lui répond : « Je sçay qu'il y a de la peine à se procurer de l'argent ; mais je sçay aussy que, s'il y alloit de mon salut, je ne sçaurois m'appliquer davantage que je fais pour vous soulager... Il sembloit que la vérification des lettres et des édits vous devoit mettre un peu au large. Il est impossible qu'on se puisse passer du payement ponctuel de la somme que vous avez promise chaque mois, sans que tout ne soit renversé en peu de jours. » Demain, on assiège Dunkerque; le Boi veut assister en personne « à cette entreprise, qui est de la considération que vous voyez. En vous demandant 000,000 livres, je ne vous demande rien que ce que vous devez *. »
Mazarin oubliait volontairement les hostilités sourdes, qui tuaient le crédit du surintendant, car de celui de l'État, il n'en fallait pas parler. Foucquet le lui disait très nettement : « Toutes ces mauvaises dispositions ne favorisent pas le recouvrement des deniers... l'argent ne vient point. Je tasche de contenter ceux qui m'ont prêté, de différer un peu leur remboursement. Je supplie Votre Éminencc de croire que je n'espargneray ni nies soins, ni mes intérêts, ni ma vie pour son service*. Il faut commencer à prendre sur les tailles de 1659, M. Herwarth aussi bien voulant absolument y avoir son remboursement. » Cepen-
* Lettre du 5 mai 1658 arec réponse du 12 mai ci-dessas citée.
* Mazarin à Foucquet. Calais, 25 mai 1658. Réponse marginale du Cardinal à une lettre de Foucquet du 18 mai 1658 (copie). Affaires étrangères, France, 905, fo 84.
* Foucquet à Mazarin, 23 mai 1658. Affaires étrangères, France, 005, f" 111.
dant, maigre les difficultés, le trésorier de Textraordinaire des guerres recevra ses 700,000 livres. Foucquet fera tout « pour aider les belles entreprises de Son Éminence » .
Mais Son Éminence ne s'arrête pas aux compliments. Ce qu'on a dit des tailles Va touché : a Je remarque, écrit-il en hâte, que vous me dittes, en passant, qu'il faudra prendre sur les tailles de Tannée prochaine, et je crains fort que vous n'ayez commencé à le faire, contre la résolution que vous avez prise de concert avec moi... Il n'y a pas d'autres fonds pour Tannée 59 et pour le payement des quartiers d'hyver. Il est infaillible qu'on tombera tout d'un coup, si on en traitte dès à présent. Je ne vois aucune ressource pour subsister Tannée prochaine. »
Puis le ministre revient à son idée : « Je m'étois flatté que la vérification de tant d'édits et d'aliénations du revenu du Roy vous donneroit le moyen de ne toucher pas aux tailles. I» Quant à Hervvarth, Foucquet avait promis de le rembourser « par quelque affaire extraordinaire » . Mazarin, on le voit, était bien combattu entre son désir d'interdire tout escompte des tailles de 1659, et sa crainte de ne plus recevoir d'argent en 1658. « Enfin, je vous conjure de n'y touscher pas et, si vous ne vous y pouvez empescher, de me mander la somme, vous priant de ne vouloir en aucune façon ni pour le remboursement de qui que ce soit, prendre sur les tailles de 59, mais seulement lorsqu'il vous sera impossible d'en user autrement pour satisfaire à ce que vous devez payer chaque moys ' . »
c Je n'ay point encore veu les finances en si mauvais estât, répliquait le surintendant, tout le monde voulant de l'argent et s'opposant à ce qui en peut produire, n Et il montrait M. d'Épernon exigeant 300,000 livres, sinon, il a traverseroit les affaires du Roi » en province; M. de Vendôme demandant 30,000 livres de pension aux adju-
1 Mazarin à Foucquet. Calais, 8 juin 1658, en marge de la lettre du 29 mai. Affaires étrangères, France, 905, f^ 124.