MECONTENTEMENT GENERAL DE LA NOBLESSE
dicataires des gabelles, « avec menaces de ruiner leur ferme et de soutenir le faux saunage, s'il n'est satisfait. Il faut que Votre Éminence sache ces choses, mais je la prie de ne me pas nommer'. »
Le peuple était aussi anime d'un esprit de révolte. Le Parlement de Toulouse rendait des arrêts injurieux à l'autorité royale. Dans celui de Paris, le vieux levain de la Fronde fermentait toujours. La population des campagnes prenait les armes; les petits gentilshommes s'assemblaient et, vêtus de toile, se mêlaient aux paysans.
Mazarin cependant prêtait une oreille distraite à ces nouvelles de l'intérieur, ne songeant qu'à l'argent à fournir au trésorier de l'armée. Il faut 320,000 livres en Catalogne, pour la solde des troupes, pour l'artillerie et « autres choses » . Il faut 200,000 livres pour Dunkerque. Son Éminence supplie le surintendant d'envoyer ces grosses sommes ; il l'en conjure « de tout son cœur ^ » .
Foucquet subvint non sans peine à ces dépenses; car il disait vrai en alléguant les révoltes sans cesse renaissantes qui arrêtaient et parfois supprimaient les recettes. A chaque commencement de campagne, les mécontents espéraient une révolution, à laquelle, illusion commune à tous les opposants, « ils voyoient plus d'apparence qu'il n'y en avoit en effet * » .
Ces opposants étaient de toutes sortes. On avait taxé les nouveaux nobles, gens ayant chèrement payé leur privilège, doublement irrités et par lu taxe et par l'affront infligé à leur blason neuf. Très nombreux en Normandie, les anoblis se réunirent, adressèrent un appel aux gentilshommes de France, et bientôt cette espèce de ligue eut des
1 Foucquet à Mazarin, 3 juin 1658. Affaires étrangères, France, 905, f"^ 135 Cf. DéfenseSj t. V, p. 290, où Foucquet appelle Tannée 1658 ■ la plus fascheuse que Ton eut eue depuis les derniers troubles » .
* Foucquet à Mazarin, 5 juin 1658, avec réponse du 8 juin. Affaires étrangères, France, 905, f> 139.
' Mémoires du prince de Tarente, p. 204 et suît.
ramitications en Poitou, en Saintonge, un peu partout. On essaya de faire avorter le mouvement, de le réduire en dé* putations à la Cour. Quelques gentilshommes risquèrent le voyage; mais un d*entre eux ayant voulu rendre compte d'une espèce d'audience qu'il avait obtenue de Mazarin, et solliciter les remerciements de l'assemblée pour la bonne volonté du ministre, fut traité de suspect, de traître, d'indigne. Son compagnon de voyage n'osa même pas se présenter, un sieur de Créqui l'ayant menacé d'autres choses que de « poires molles * ». Le duc de Longueville, gouverneur de la province, louvoyait, ménageant le pouvoir et les anoblis, avec un secret penchant pour ces derniers ^. Des magistrats du Parlement de Rouen, de la Cour des aides manifestaient une opposition si hardie qu'il fallut les réprimander et même les exiler^. A la fin de mars 1658, une révolte éclatait dans la garnison du Havre; petite affaire, qui eût pu devenir de grosse conséquence, car un sieur Latreaumont, homme résolu, se tenait à portée pour développer le mouvement ^. Foucquet envoya immédiatement dans cette ville la duchesse d'Aiguillon qui en possédait le gouvernement, avec ordre de ne conserver dans la place que des gens fidèles.
Même insubordination dans le Midi , où le Parlement de Toulouse entravait les recettes des deniers du Roi, emprisonnait même les agents royaux. Foucquet, exaspéré, voulait faire arrêter cinq ou six des magistrats séditieux, interdire le Parlement, enfin « pousser l'affaire avec vigueur. Autre-
* Le très curieux récit de cette assemblée aux environs de Trun, en mars 1658, se trouve aux Archives des affaires étrangères, France, vol. 905, F* 39.
* Vendôme dénonce le duc comme chef des révoltés. 20 février 1658. Affaires étran{«ères, France, vol. 905.
' LonET, La Muze historiqucy t. Il, p. 465. N. Foucquet à Mazarin,23 mai 1658. N. Foucquet propose de renvoyer un conseiller des Aides à fiayonne • où i7 estait ■• Affaires étrangères, France, vol. 905, f^ ili.
^ Latreaumont avec Gouville, d'Aussi et Royer, se sauvèrent à Fles8in(>ne. Lettre adressée à Mazarin parla duchesse d* Aiguillon, l*' juin 1658. Archiver des affaires étrangères, France, 905, f* iZ%.