‹ Nicolas FoucquetChapitre 116 sur 183 · RÉVOLTE DE LA SOLOGNE · texte numérisé non relu

RÉVOLTE DE LA SOLOGNE

ment, il vaut mieux ne leur rien faire et les laisser entreprendre tout impunément'. » Malgré ces vives instances, Mazarin temporisait à son ordinaire, ajournait toute répression au lendemain de la prochaine victoire en Flandre ; en attendant, il suffisait de tenir registre de toutes les offenses reçues. C'est au milieu de ces difficultés que Foucquet devait gouverner à l'intérieur, administrer la justice et trouver de l'argent.

L'impunité augmentait l'insubordination. Vers le commencement de mai, quelques gentilshommes chartrains et beaucerons s'assemblèrent à cinq lieues d'Orléans, à l'Orme, lancèrent une lettre circulaire à leurs confrères de Sologne et de Normandie, les exhortant à s'unir à eux « pour le service du Roy, le bien de l'Estat, le maintien des privilèges et prérogatives de la noblesse désormais destruite » . Mais quand il s'agit de monter à cheval, « de brocher Bayard » , comme on disait, les volontaires parurent si peu nombreux qu'on en revint au colportage des lettres et des cahiers d'adhésion. La féodalité entrait dans l'âge de papier.

Le peuple, plus lent à s'émouvoir, ne se calma pas si aisément. Foucquet, resté seul à Paris, eut bientôt à faire face à une véritable révolte, qu'il avait prévue sans pouvoir l'empêcher, qu'il dut réprimer rudement, malgré sa pitié pour de pauvres diables mourant de faim.

Véritablement, les paysans de Sologne et de Berry avaient été poussés à bout. La cavalerie lorraine et française, passant par leur pays, avait ordre de demander à l'habitant vingt sols par jour pour nourriture de l'homme et du cheval ; refusant ces vingt sols, les soldats exigeaient qu'on les nourrit ou qu'on leur payât plus de cinq livres. Ces exactions n'allaient pas sans violences, pillages, tueries. Les prévôts du Roi, craignant les coups, ne bougeaient de chez eux et ne tentaient rien qui put « consoler le peuple v .

1 N. Foucquet à Mazario, 5 mai 1658, déjà citée.

Ces paysans étaient pourtant de braves gens, payant bien leurs impôts : certaines paroisses ne devaient rien comme arriéré, et toutes avaient acquitté plus de la moitié de Tannée courante; mais ces levées militaires coûtaient plus que les impôts. Où les soldats passaient, les receveurs des tailles ne trouvaient plus rien. «Les prisons s'emplissent de misérables, qui y pourrissent'. »

Pendant que les hobereaux cavalcadaient la nuit et conjuraient au fond des bois, les conseillers dans les Parlements se reprenaient à fronder , les sabotiers de Sologne et les bateliers de la Loire se mettaient en révolte ouverte, armés de haches et de gaffes ferrées.

Cette insurrection avait son centre dans les environs de Sully et de Saint-Fargeau. Les hommes de ces cantons obligèrent ceux des paroisses voisines a se joindre à eux. En peu de jours, ils furent deux mille; tous criant qu'il fallait faire revenir le Jubilé de 1649. On commença par piller le grenier à sel de Sully, puis celui d'Aubigny en Berry. A Montereau, des unavées» de sel, remontant en Bourgogne, subirent le même sort ^. Tout financier, maltôtier, collecteur d'impôt, qui tombait dans leurs mains, était assommé sans rémission. Sur le bruit que Monnerot, un gros bonnet de la finance, était dans le pays, à Souesmes, ils y coururent, mais ils trouvèrent le logis vide. Leur audace croissant, ils arrêtaient les gens de guerre isolés, prenaient leurs armes et leurs montures. Ils s'étaient donné six capitaines, désignés, suivant l'usage de toutes les révoltes, par des sobriquets : la Fourche, Bontemps, la Fortune, etc. *.

Quand l'insurrection éclata, Servien était en Anjou, résistant de son mieux. Séguier écrivait beaucoup à Mazarin; mais Sully et les bords de la Loire lui rappelaient de trop

1 Relation de ce qui se passe dans fa Généralité d'Orléans à Vesgard des révoltés^ Bn mai 1658. Pièce adressée à Mazarin, qui a lui-même rédigé la note ci-dessus transcrite. A ffaires étrangères, France, 905, F* 149.

* N. Foucquet à Mazarin, 18 mai, lettre citée.

* Relation de ce qui se passe^ etc.

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