‹ Nicolas FoucquetChapitre 117 sur 183 · GUERRE DES SABOTIERS · texte numérisé non relu

GUERRE DES SABOTIERS

tristes souvenirs pour qu'il osât se mettre en avant. Il se contentait de se plaindre des surintendants, toujours à leur campagne '. Cependant. Foucquet seul représentait le gouvernement, et seul agissait.

Ce fut d'abord Tavis commun qu'avec quelques cavaliers on viendrait à bout de cette populace sans chefs, sans armes, sans chevaux, sans place fortifiée. Foucquet avait le coup d'oeil plus juste que ces militaires de cabinet. « Si Votre Éminence, écrivait-il à Mazarin, pouvait destiner quelque régiment de cavalerie, commandé par un officier bien discipliné pour réprimer ces émotions en leur commencement et chercher les coupables, je croy qu'il seroit aussy bien employé qu'ailleurs^. » Selon lui, il fiillait défendre en Sologne les lignes de circonvallation de Dunkerque. Paris s'agitait; l'insuccès d'un coup de main sur Ostende y avait excité a la joye des malintentionnez n . Dans le Parlenïent et dans la ville, on faisait sans cesse « de nouvelles tentatives pour exciter du bruit > .

Au Parlement, on avait pris prétexte d'un projet sur la valeur des liards, baissée de trois à deux deniers ^ Le menu peuple de Paris, les mariniers particulièrement étaient fort émus, tout comme en Sologne, parce que sans doute ils possédaient la plus grosse part de ces liards dépréciés d'un tiers. Étonnée par cette résistance, la Cour des monnaies rendit un arrêt maintenant le cours ancien.

Denis Talon, au contraire, trouva le moment opportun pour déclarer que, si l'on n'opérait la réduction dans la semaine, il provoquerait au Parlement l'assemblée des Chambres. Assembler les Chambres, c'était agiter le spectre de la Fronde, a Ce seroit une estrange entreprise, écrivait

' Jarrt, La guerre des sabotiers, p. 119. Orléans, 1880.

' N. Foucquet k Mazario, 23 mai 1658, déjà citée.

' Le liard valait trois deniers ; c'était donc une réduction de 33 pour 100, la perte du tiers pour les ouvriers qu*on payait surtout en liards ; d*autre part, les marchands en détail qu'on payait aussi en liards, se voyaient refuser cette monnaie faible par les marchands en gros*

Foucquet à Mazarin. Il semble qu'on veuille faire naitre quelque rumeur. » Sëg[uier, toujours indëcis, trouvait la réduction très justiBëe et en même temps la prétention de Talon téméraire. Seul encore, Foucquet donnait un avis clair, net, pratique \ conseillant de maintenir la mesure en principe et d'en différer Texccution.

Mazarin approuva les vues du surintendant. De plus, pour couper court à la révolte, il mit à la disposition de Foucquet, avec seize ou dix-huit cents hommes de troupes « des meilleurs que le Roy aie » , cinq à six cents cavaliers des amis de M. de Saint-Aignan, qui se chargeait de les réunir*. Autant de secours à Titalienne. Ces troupes étaient en Auvergne ou en Dauphiné, loin de la Sologne. Quant aux amis de M. de Saint-Aignan, « tous intéressés dans TafFaire » , on les considérait comme dangereux *.

Pendant que Mazarin écrivait ses belles lettres, le bailli de Chartres, malgré son courage, avait dû battre en retraite, s'enfermer dans Sully, où les sabotiers , au nombre de plus de dix mille, le tenaient assiégé. Orléans même n'était pas en très bonne assiette. On y applaudissait aux mutins. Les ouvriers en laine de Bomorantin, « misérables et qui meurent de faim • , les appelaient de leurs vœux. A Paris, on se mit sur la défensive. Le lieutenant de robe courte, avec sa compagnie, assez bonne, garda les avenues de la capitale.

Foucquet prit son parti sans hésiter. Trouvant un lieutenant général, le sieur de Pilois, de passage à Paris, il le requiert, lui promet son concours, de l'argent, et l'envoie commander les troupes « qui arriveront» . A cette nouvelle, Mazarin, si assuré la veille, s'effraye. « Je ne doubte point que Piloys n'ayt ordre de n'hazarder rien, avec le peu de

' N. Foucquet à Mazarin, 23 mai 1658. Mazario répondit que le Roi donnerait des ordres conformes aux vues de Foucquet. V. lettre de Séguier à Le Tellier, où le chancelier condamne la prétention de Talon. Jarry, La guerre des sabotiers, p. 111.

* Mazarin à Nicolas Foucquet, 25 mai 1658.

' Foucquet à Mazarin, 29 mai 1658.

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