‹ Nicolas FoucquetChapitre 125 sur 183 · ACQUISITION DE BELLE-ISLE · texte numérisé non relu

ACQUISITION DE BELLE-ISLE

le profit à en tirer. Cette grande dépense ne se ferait-elle pas de compte à demi entre MM. Foucquet et Mme d'Asserac? Sinon, il faut que ce soit pour MM. de Retz ou de Brissac, deux opposants ^ Dix jours plus tard, duTerron sait à quoi s*en tenir. Mme d^Asserac est à Tile Dieu; on arme deux vaisseaux pour un « grand commerce » . « Les gens qui vivent dans l'abondance, ajoute le positif confrère de Colbert, et qui ne connoissent point la mer, donnent aisément dans les nouveautés. Je suis fort trompé s'ils réussissent; au moins je voy que les plus puissans et les plus éclairez demeurent sans rien faire. » Les plus puissants, les plus éclairés, ce sont, on le devine, Son Éminence et M. Colbert^

Or^ en ce même moment, Foucquet trailait de l'acquisition de Belle-Isle, au vu et au su de Mazarin.

Belle-Isle, ancienne propriété monastique, avait été donnée parle roi Charles IX à la famille de Retz, alors qu'on ne pouvait soupçonner l'importance de cette station maritime. Les Retz, obligés par l'acte de donation d'en assurer la défense, y construisirent une petite forteresse, à la hollandaise, un donjon et quatre tours, réunis par quelques toises de rempart. Cinquante ans se passèrent sans grandes modifications à l'aspect militaire de l'île; toutefois le mérite de sa situation, point de repère des navires revenant d'Amérique, la sûreté de sa rade commençaient à être connus. Aussi les^ États de Bretagne en avaient-ils proposé le rachat. Le duc de Retz signa même en 1625 une promesse de vente et reçut un acompte de 50,000 livres; mais, on se le rappelle, les intrigues de Cour, la décapitation de Chalais, l'émotion profonde au sein des États séant à Rennes, firent perdre de vue une opération jugée alors très secondaire'.

Les entreprises politiques du cardinal de Retz, le se-

> La Rochelle, 19 juillet 1658. Affaires étrangères, France, 905, F» 280.

• Brouage, 28 juillet 1638. Ibid., P> 293.

* V. ci-dessus^ chap. iv, p. 34.

cours qu'il trouva dans ce domaine de famille lors de son évasion du château de Nantes, ramenèrent l'attention sur Belle-Isle. Mazarin, désireux de s'en emparer, commanda un coup de main qui ne réussit pas. Un autre moyen d'attaque, plus paciBque et plus sûr, se présenta bientôt.

Les Retz, grands seigneurs et volontiers populaires, avaient moins profité que dépensé à Belle-Isle'. Le duc, chef de cette maison, était criblé de dettes, poursuivi, saisi. En 1658, il ne comptait plus sur l'influence de son parent le Cardinal, alors errant et sans crédit. La prudence conseillait de vendre un bien dont la moindre complication politique pouvait entraîner la confiscation. Servien, ami de la famille, fut pressenti, en parla à Mazarin, qui approuva l'idée d'une mise en vente; mais nul amateur ne se présenta, si ce n'est M. de Rrissac, ce mécontent déjà soupçonné de vouloir s'établir à l'île Dieu. Mazarin, désireux d'écarter cet acquéreur désagréable et de se ménager une option, invita Foucquet à acheter ce domaine, en grand secret, pour éviter « le retrait lignager », c'est-à-dire le droit de préemption et les oppositions du cardinal de Retz^

Le 28 août 1658, Nicolas reçut un ordre du Roi ainsi conçu : « Le Roi, étant à Paris, ayant été informé que le sieur duc et la dame duchesse de Retz sont sur le point de vendre la terre et marquisat de BelIe-Isle », et « pour que cette place ne tombe pas entre les mains de personnes suspectes et qui n'aient pas toutes les qualitez requises pour la bien défendre, a résolu d'engager un de ses plus sûrs serviteurs d'en traiter. Or, il n'y a personne qui ait donné plus de preuves de son zèle et de sa fidélité que le sieur Foucquet. » En conséquence. Sa Majesté l'invite à traiter de ladite terre, « à l'exclusion de tous autres » . Elle s'interdit

* Le Ray, Belle-Isle en mer^ p. 108.

» Défenses, t. V, p. 336, 338; t. X p. 313.

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