‹ Nicolas FoucquetChapitre 126 sur 183 · FOUCQUET ACHÈTE BELLE-ISLE · texte numérisé non relu

FOUCQUET ACHÈTE BELLE-ISLE

même d'y nommer ni gouverneur ni commandant, nominations réservées à Foucquet^ L*acte en bonne forme était signé Louis et contresigné Loménie. La clause « à r exclusion de tous autres » obligeait MM. de Retz à accepter Tamateur qui se présenterait avec Tagrément du Roi.

Alors une grosse difficulté surgit.

Foucquet, ne voulant pas se montrer, se servit d'un prêtenom, le sieur Fleuriot, qui devait être Tacquéreur apparent, jusqu'au 16 décembre 1660, date de l'expiration du droit de retrait lignager. Les Retz ne discutèrent pas Fleuriot; mais quand ce dernier demanda à être mis en possession même avant d'avoir payé, ils refusèrent. Cependant, Foucquet tenait à cette occupation immédiate, par peur de quelque changement d'idées du vendeur. Mme du Plessis- Bellière trouva un expédient. Elle connaissait un sieur Mantatelon, possédant ^la confiance des deux parties et qui fut constitué gardien de la place jusqu'au payement'.

Pendant ce délai, Mazarin devait étudier l'affaire restée secrète.

L'acte de vente fut signé le 5 septembre 1658, au prix de 1 ,300,000 livres, payables : 400,000 livres comptant au duc de Retz, 900,000 livres à ses créanciers. Par comptant, on entendait à compter, car le payement était renvoyé après l'exécution des formalités'.

Foucquet, sortant à peine de la crise redoutable où il avait failli laisser sa vie et la fortune des siens, chargé de Vaux et de Saint-Mandé, ne se fût pas engagé dans une acquisition

* Défenses^ U V, p. 325, 327. Le 28 août, Mazarin n*était pas à Paris ; mais on voit par une lettre de Foucquet que ce jour-là il y eut un conseil de cabinet où se trouvèrent Séguier, Brienne, Servien et Villeroy. Foucquet à Mazarin, Affaires étrangères, France, 905, f^ 395. Il n'est pas question de Belle-Iale dans cette lettre ; mais il n'est pas admissible que le vieux Brienne ait contresigné le 29 un acte qui aurait été « etcourté ■

• Défen^eSy t. X, p. 318.

« Défenses, t. V, p. 331.

aussi téméraire, si Mazarin ireùt promis delà reprendre. La véritable témérité fut de compter sur cette promesse; mais dès ce temps-là, Nicolas se fermait les yeux avec ce funeste bandeau d'optimisme qu'à la fin on n'ose plus, on ne peut plus arracher.

Trois ans plus tard, jour pour jour, le malheureux sera arrêté à Nantes et accusé d'avoir voulu se faire roi de Belle-Isie et des îles adjacentes.

 ce moment, tout entier à ses idées de restauration du principe d'autorité, Foucquet harcelait Mazarin pour le décider à nommer un premier président au Parlement de Paris. Amener le Cardinal à prendre une décision de quelque importance n'était pas chose facile. « Tout demeure quand il est éloigné », dit une contemporaine ^ L*éloignement servait de prétexte à ces ajournements si chers à rhomme dont la maxime était : Le temps et moi. De plus, Foucquet savait bien que Mazarin voulait avoir seul le mérite de ce choix important '. Cependant, par toutes sortes de motifs exposés plus haut, il insistait, et au premier rang des candidats, il plaçait Lamoignon.

C'était pourtant un magistrat dont les agissements, au début de la Fronde, avaient laissé d'assez fâcheux souvenirs. Maître des requêtes, on l'avait vu diriger la résistance opposée par sa compagnie aux volontés de la Cour; colonel de la milice bourgeoise de son quartier, il suivait plutôt qu'il ne dirigeait les soldats citoyens. Mais vers 1652, à la veille de la défaite des frondeurs, ses yeux se dessillèrent; la tyrannie de la populace lui parut plus extravagante que celle des plus cruels princes du monde'. Depuis cinq ans, il servait avec distinction, lorsque la nécessité de ses affaires et le besoin qu'il eut des gouvernants l'obligèrent, de son

* M^l* DE MoRTPENSisR, Afémoircs, t. 111, p. 279.

* Foucquet jugea « que Mazarin ne vouloit point que personne entrât en part avec lui sur ce qui me regardoit ■, dit Lamoignon. Texte cité clans la Vie de M, de Lamoignon^ p. xix; Becueil des ari-étt^ t. !•

' lùid.y p. xvu.

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