‹ Nicolas FoucquetChapitre 128 sur 183 · VOYAGE DE MÀZARIN EN BOURGOGNE · texte numérisé non relu

VOYAGE DE MÀZARIN EN BOURGOGNE

Foucquet, Herwartli, aucune protestation ne s'éleva contre cette opération financière ^ dont le succès n'était d'ailleurs nullement certain.

Entre autres moyens de rétablir Tordre et de faciliter la rentrée des impôts, Foucquet recommandait à Mazarin les voyages à Tintérieur. A la fin d'octobre 1658, le Cardinal se résolut à commencer ses tournées par la Bourgogne^. L'expédition avait un double but, tirer une grosse somme des États assemblés à Dijon, puis pousser jusqu'à Lyon, où l'on ménageait une entrevue du jeune Louis XIY avec la princesse Marguerite de Savoie.

Le premier ministre avait vu sa fortune politique trop en péril, lors de la maladie du Roi, pour ne pas désirer de marier son royal pupille au plus vite. Mais à qui? à l'infante d'Espagne? Les Espagnols l'avaient refusée depuis moins d'un an. Â une de ses cousines d'Orléans? Quand Gaston, toujours naïf, émit cette idée % on reconduisit avec hauteur. A une Mazarine? Ce dernier projet, si l'astucieux Italien le forma, devait rester et resta dans le secret de sa pensée. En tout cas, on ne pouvait le présenter qu'après l'échec d'autres négociations. Mazarin déclara donc qu'il fallait « faire réussir l'affaire de Savoie » . Un prince de cette maison était déjà son neveu, ayant épousé une Martinozzi. Une autre nièce pouvait plaire au duc régnant et devenir belle-sœur du roi de France, si le Roi épousait la princesse Marguerite. Enfin, si tout ne marchait pas au gré du Cardinal, le peu de goût de la Reine mère pour le mariage savoyard lui ménageait une rupture facile. Muni de toutes ces combinaisons, il partit, en proclamant l'objet du voyage à si haute voix qu'on put Tentendre de Madrid.

La régente de Savoie, Christine, fille de Henri IV,

» DéfenseSy t. XII, p. 7.

* l*cr Burgundiam non satU quietam. PniOLO, De rébus gatticis, lib. X, p. 456, édit. 1677.

3 Mo:(TPE»8iEB, Mémoires j t. III, p. 37L ■

46î MCOLAS FOUCQUET.

souhaitait passionnément le mariage de sa fille avec son neveu. Son agent diplomatique à Paris, Tabbé Amoretti, ne cessait d'y travailler, secondé par des envoyés extraordinaires, entre autres par un M. de Bruslon, ancien résident de France à Turin. Or, Bruslon avait ses grandes entrées à rhôtel de Soissons, où allait souvent Mme du Plessis-Bellière, Tamie de Foucquet.

On sait que cette dame appartenait à la famille de Bruc-Monplaisir. Jean de Bruc, son père, avait épousé, vers 1602, Marie Yenier ou Yenieri, fille d'un gentilhomme vénitien, devenu parles hasards de la guerre gouverneur de Machecoul en Bretagne. De ce mariage étaient nés trois garçons et cinq filles. De ces dernières, deux entrèrent aux Ursulines, une épousa César Blanchard, président de la Chambre des comptes de Rennes, Tautre devint Mme du Plessis-Bellière. L'aînée, établie moins richement, avait été mariée à un M. de Trécesson ^

Trécesson était le nom d'un très grand château dominant un tout petit fief de la paroisse de Campénéac, au diocèse de Yannes. La nouvelle famille dut envoyer des colonies au dehors. C'est ainsi que Mme du Plessis-Bellière se trouva chargée d'assurer l'avenir de ses nièces. Tous les de Bruc étaient d'ailleurs pleins d'intelligence, et ceux qui les aimaient le moins leur reconnaissaient beaucoup d'esprit^.

Or, la régente de Savoie tenait h avoir autour d'elle un grand nombre de demoiselles d'honneur. Une jeune Trécesson, fraîche, attrayante, spirituelle et vive, parut propre à tenir une de ces places et en fut pourvue.

Que Nicolas Foucquet se soit intéressé à la nièce de son amie, qu'avec sa finesse ordinaire il ait deviné en elle un auxiliaire habile, on n'en saurait douter. Des historiens modernes, prévenus par la mauvaise renommée faite après coup à un homme malheureux, ont présenté cette jeune fille comme la

1 Saikt- Allais, Nobiliaire, t. X, p. 382, 383. ' MoATPBRSifiR, Mémoires^ t. 111, p. 309.

FOUCQUET ET MADExMOlSELLE DE TRÉCESSOIS. 463

maîtresse de ce surintendant qui, suivant Taxiome, ne trouvait pas de cruelles. Jugement tëmëraire. Tout ce qu'on sait, c'est que Foucquet prit Trécesson à part dans le petit cabinet de Saint-Mandé, Tendoctrina, lui montra la perspective d'un retour en France à la suite d'une reine dont «lie serait la favorite. Il lui remit un chiffre pour correspondre avec lui et avec sa tante. Naturellement poli avec toutes les femmes, plus galant avec les jeunes et les jolies, il ■ajouta à ses instructions quelques douceurs, recommanda à la belle ambassadrice de ne pas se laisser séduire par les seigneurs deChambëry, de lui rester fidèle. En fallait-il plus pour •charmer la jeune Bretonne? Ravie, enthousiasmée, pleine de reconnaissance pour son aimable protecteur, elle partit à la conquête de ce bel avenir. On a dit encore qu'on Tenvoyait «n espionne '. Calomnie. Madame Royale la recevait de la main de Foucquet, portait devant elle la santé de ses amis de Paris, et la nouvelle demoiselle d'honneur était obligée de comprimer l'explosion de cette reconnaissance anticipée. Si quelque secret entoura cette petite intrigue, ce ne fut que pour Mazarin, et encore on n'oserait l'affirmer. Jamais on n'en a fait grief à Foucquet, à qui plus tard on a tant reproché ses prétendues intrigues à l'étranger*.

Nicolas avait alors bien autres soucis en tête. Il envoyait chaque jour des courriers au Cardinal pour lui rappeler le premier objectif de l'expédition : tirer de l'ar- |[ent : « Si la Bourgogne et les provinces dont le Roi s'approche ne nous donnent le secours que l'on s'en est promis » , il sera bien difficile d'exécuter les ordres de Son Éminence'. Ordres de payement, bien entendu.

La Bourgogne comptait encore parmi les pays d'états,

> « Je pense qu*elle (Madame Royale) ne savait pas que ce fût le procureur général qui Teût envoyée là. « Mo?(tpe9isibr, Mémoires y t. III, p. 311. Mlle de Montpensier fut trompée par Mme de Savoie.

' Le nom de Trécesson n'est pas prononcé dans les actes du procès.

s Foucquet à Mazarin, %7 octobre 165S. Affaires étrangères, France, 905, f>470.

votant rimpôt, en ordonnant la répartition et le payant sous le nom trompeur de don gratuit. Depuis plusieurs années, l'assemblée s'enhardissait aux refus ^ Dans Tespoir que la présence du Roi les rendrait plus généreux, on convoqua les États avant la date accoutumée. Mais ces Bourguignons étaient mal disposés. Devançant l'arrivée de la Cour, ils essayèrent leur pouvoir de résistance en envoyant une députa tion. Le chancelier Séguier entra même en négociation avec elle, à la grande colère de Foucquet. Cette transaction, déclara-t-il, fera tort non seulement aux finances, « dont on ne peut plus s'assurer » , mais à la gloire de Son Éminence. On dit déjà publiquement que le Chancelier « a souffert dans sa personne un outrage irréparable » . Il faut, au contraire, saisir cette occasion pour rétablir l'autorité du Roi dans ces pays d'états! Et le surintendant ajoute : « Quoyque dans le poste où je suis, l'argent doibve estre la seule chose à laquelle je m'attache, la nécessité d'en avoir estant grande, néantmoins s'il falloit, non seulement n'en point retirer, mais en doner pour soustenir un chastiment exemplaire, je m'y offrirois et n'en manquerois pas pour cela, dansl'asseurance de le retirer au centuple. » Donc, repousser toute transaction, renvoyer les députés, interdire le Parlement : ft Ceux qui conseillent raccommodement, ou n'ont pas envie que l'authorité du Roy soit sy puissante, ou n'entendent pas bien la conséquence de cette affaire. » Foucquet termine en s'excusant; s'il risque cette incursion dans le domaine de la politique, c'est à raison de l'intérêt qu'il y prend comme surintendant. Puis, « Votre Excellence remarquera que cela ne m'arrive guère que dans les grandes occasions, où je suis convaincu qu'il y va de son service, que je préférerai toute ma vie à toute autre considération * » .

Le jour même où cette lettre partait de Paris, la Cour

' Mo>TP£58iEB^ Mémoires, t. III, p. 288, 289.

* Foucquet à MazariD,6 novembre 1658. Affaires étrangères, France, 905, f° 481.

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