VOYAGE DU ROI A DIJON
entrait à Dijon. Le jeune Roi ne se montrait pas dans un appareil bien sévère. Tout occupé de Marie Mancini, il ne songeait qu'à ses plaisirs. Messieurs des États allaient le voir danser, puis s'assemblaient sans rien conclure, laissant couler le temps, dans Tespoir de quelque événement qui obligerait la Cour à presser la marche sur Lyon. Cette temporisation réussit. Le Tellier leur insinua que, s'ils augmentaient un peu le don gratuit, « le Roy ne feroit rien de nouveau dans la province » . Ils acceptèrent ou feignirent d'accepter * .
Dès le lendemain, on tenait au Parlement de Dijon un lit de justice. Séguier prononça im discours sur les nécessités de rÉtat, les dépenses de la guerre; le Roi voulait qu'on enregistrât ses édits. Tout paraissant d'accord, le chancelier avait repris son assurance.
Le premier président de la Cour était le plus jeune président de France, mais non le moins capable. Il appartenait à la grande famille des Rrulart, où l'on comptait nombre de magistrats de talent et même un chancelier de France. C'était un homme aimable, spirituel, sachant parfaitement bien son monde, en même temps instruit, ferme, résolu. Il remercia le Roi de l'honneur qu'il faisait à la compagnie. Un prince comme lui ne doit jamais apporter que des bienfaits. Or, ces édits allaient fouler la province, déjà ruinée. On n'avait nul besoin de nouveaux officiers dans un Parlement d'un si petit ressort. Enfin, Brulart s'exprima si respectueusement, si éloquemment, qu'il mérita les éloges de tous ceux qui l'entendirent^.
Les décisions royales n'en furent pas moins enregistrées. Mais, dès le lendemain, Mazarin, dont les idées sur la politique étrangère, sur la paix et sur le mariage du Roi venaient d'être entièrement modifiées, partait en hâte pour Lyon. Les Bourguignons, se voyant libérés de la Cour et surtout
^ MoRTPBiiSiBii, Mémoires, t. III, p. 291. ' MovTfEv$iKHy Mémoires, t. III, p. 293.
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du régiment des gardes, cherchèrent aussitôt à revenir sur leur de'cision. Des députés des États partirent à la suite du Cardinal, demandant la révocation des édits, annonçant qu'ils surseoiraient à leur exécution, en d'autres termes, au payement du don gratuit. Le Parlement, malgré la présence de Séguier, resté pour le tenir en respect * , remit en question tout ce qu*il avait accepté en présence du Roi. Un des greffiers, n'ayant pas voulu transcrire ces délibérations, fut mis en prison.
Quand ces nouvelles parvinrent à Foucquet,. il était tout justement importuné par le duc d'Épernon, président des états de Bourgogne, et par Tévéque d*Autun sollicitant le payement, Tun de ses appointements, Tautre d'une gratification pour sa séance dans une assemblée qui refusait toute contribution. Sa colère n'eut plus de bornes. Il fallait, selon lui, dissoudre les États, en insinuant que le Roi pourvoirait au reste à son retour. « Assurément ils ont plus à perdre que ce qu'ils disputent*, r» Quant au Parlement, il faut en faire un exemple et « si grand, que les autres compagnies ea trembleront. Ce n*est pas assez que ces gens-là se remettent dans leur debvoir, qu'ils obéissent et facent les choses comme auparavant on eust peu désirer; il faut une punition qui répare advantageusement le mal. » Ils ont emprisonne le greffier, qu'on les emprisonne à leur tour! « Autrement, que feront les aultres parlements esloignez, au commencement d'une campagne, dans les provinces voisines de l'ennemy, si ceux-ci, au commencement de l'hyver, à la veue du Roy qui doibt repasser chez eux, dans une petite province, au voisinage de Paris, font passer pour un crime capital Tobéissance rendue aux ordres exprès du Roy'!»
Mazarin ne prêta aux objurgations du surintendant qu^une
* Mémoires du prince de Tarente^ p. SIS.
* Foucquet à Mazarin, 26 novembre 1658. AfFaîres étrangères, France^OOS, f*498.
' Foucquet à Mazarin, 29 novembre 1658. Ibid,, f> 502.