NOUVELLE MALADIE DE FOUCQUET
manquée pouvait causer à son protecteur, u Tout le monde, lui écrivait-elle le 6 décembre 1658, sait la parenté de Mme du Ryer (de Plessis-Bellière) et de Mlle de Belair (Trécesson), coy qu'elle ne Tayt avouée à personne... Si les choses tournoient de manière à faire tort à M. le Baron (N. Foucquet), Mlle de Belair le soplie de n'avoir aucune considération pour son avantage et de la sacriffier entièrement. Je réponds pour elle qu'elle n'en murmurera pas\ » Cette Trécesson n'avait pas seulement de l'esprit, c'était aussi une fille de race, très brave et pleine de cœur.
Si cette fâcheuse nouvelle causa quelques ennuis à Foucquet, ils firent masse avec bien d'autres. Comme tous les hommes peureux, Mazarin était plus tourmentant et plus dangereux de loin que de près. Dès le 26 novembre, le surintendant s'inquiétait de critiques dont son administration était l'objet auprès du Cardinal. « Ceux qui en ont parlé seroient bien embarrassés de faire mieux... ils ne savent pas les affaires dont ils parlent... Espérant que ce don gratuit (des états de Bourgogne) auroit lieu , je l'avois remis à M. Colbert pour le pain de munition, n On sait que le fournisseur du pain était le Cardinal lui-même ^. Si Son Éminence, par faiblesse, laisse tarir les sources de l'argent, il ne devra pas s'étonner de n'en pas recevoir.
On se plaignait de tous côtés.
Turenne, qui prenait en Flandre une position militaire dont le premier ministre ne sut ou ne voulut pas profiter, Turenne coupait en morceaux sa vaisselle plate pour payer ses troupes'. Il réclamait des fonds; mais on ne pouvait rien faire, faute d'ordres du Roi*. Le général s'en prenoit au surintendant, naturellement.
1 Lettre de Caen (Lyon), 6 décembre 1658. Bibi. nat., ms. Baluze, 150, f»280.
' Lettre du 29 novembre 1658.
* fiouRELLT^ Deux campagnts de Turenne, p. 27. Paris, Didier.
^ « Je n*ay point encor receu les ordres de Y. E. pour Targent qui doibt estre délivré au s' Le Clerc, ny luy les ordonnances et eipéditions nécessaires. »
470 MCOLAS FOUCQUET.
Golbert, plus sournois, dénonçait Foucquet, qui ne voulait pas ruiner au profit de Télection de Brouage, domaine de Mazarin, les élections voisines, restées au Roi. Il travaillait dans Tombre pour obtenir celle des Sables à bon marché, et ne se souciait alors que de Tintérét de son patron ^
Le Tellier traversait aussi les projets de son collègue. On Favait bien vu à Dijon.
Passe encore pour Le Tellier, un rival, passe pour Colbert, un envieux, mais ni leur rivalité ni leur envie n'égalait la haine vouée par Basile Foucquet à son propre frère. « Il n'y a rien qu'il n'eût dit à Lyon au Cardinal pour le perdre*. »
Assez délicat de santé, Foucquet tomba de nouveau malade. Son esprit, naturellement inquiet, s'emplit des plus noires idées. Il écrivit à Mazarin pour le prier de « Tôter des Finances' ». On refusa sa démission, et en termes si obligeants, que l'esprit de Nicolas en fiit tout retourné. « Il faudroit, répondit-il en toute hâte, que j'eusse esté bien malade, si la bonté que Vostre Éminence a fait paroistre pour moy ne m'avoit redonné la vie et la santé. La passion que j'ay de mériter par mes services la confiance qu'elle me témoigne m'inspire de nouvelles forces. Je n'ai point discontinué, pendant mon mal, de travailler... On achève aujourd'huy et demain de compter les 1,700,000 livres à M. Le Clerc... Le thrésorier de la marine recevra aussy les dix-neuf mil livres que Votre Éminence a ordoné (sic) pour M. de Vendôme*. »
Huit jours plus tard, sur la demande de Mazarin, il lui expose en un long mémoire le mode de châtiment à imposer
Foucquet à Mazarin, 4 décembre 1658. Affaires étrangères, France, 905, f" 514.
> Lettres de décembre 1658 à Colbert du Terron. Lettres et Instructions, t. I, p. 318, 320.
s Busst-Rabutin, Mémoires, t. II, p. 87, édit. Lalanne.
> Foucquet à Mazarin, 17 décembre 1658. AfEaires étrangères, France, 1K)5, P> 385.
* Défenses, t. VI, p. 250.