DEFIANCE DE FOUCQUET CONTRE MAZARIN
au Parlement de Bourgogne. Tardive, la punition doit être d'autant plus exemplaire. En Normandie, comme en Bourgogne, il faut prendre des mesures énergiques et sévir contre M. de Longueville, qui a maltraité un intendante
Mazarin n'avait envie de rien faire. Foucquet s'en aperçut à de nombreux indices. Il ne pouvait pas même tirer un reçu du Cardinal. A la fin du mois, la correspondance devient aigre-douce. Foucquet envoie une lettre de change de 30,000 livres à Son Éminence : « Elle me fera Thonneur, s'il luy platt de commander à M. de Yillacerf d'en doner des décharges. » Certaines gens, ajoute-t-il, « disent librement en mon absence ce qu'ils ne feroient pas si j'étois en lieu à leur pouvoir respondre ». On a dû réformer le règlement du quartier d'hiver, mal dressé en dehors de lui, parce qu'on « s'est trop fié à des gens ayant divers intérêts n . « Pour raoy, je n'en ay pas d'autres que l'honneur du ministère de Son Éminence, le zèle de son service et l'amour de la justice et de la vérité*. »
Ce compliment de fin d'année ne laisse pas d'être un peu sec. Malgré les témoignages affectés de reconnaissance dont l'accablait Mazarin, Foucquet se sentait au fond de son âme envahi par une grande défiance.
C'est en ce temps-là, fin décembre 1658 ou commencement de janvier 1659, on n'a pu préciser la date, <|ue le projet de défense, ébauché en juin 1657, et si complètement oublié depuis, se représenta comme un cauchemar à l'esprit troublé du surintendant. Il le recherche, le relit; et cette lecture surexcite ses craintes. Sa plus forte ligne de résistance consistait alors dans la situation de son
> Lettre du 24 décembre 1658. A foires étrangères, France, 905, f* 543. Cette lettre est extrêmement remarquable.
' Foucquet à Mazarin, 30 décembre 1658. Affaires étrangères, France, 905, f> 553. Mazarin avait décidé que les gouverneurs de province partageraient avec les intendants les pouvoirs dont ces fonctionnaires étaient jusqu'alors seuls investis en matière de logements militaires. Bibl. nal., fr., 4237, ms. La lettre a été citée par M. Bourelly comme étant de Fabert. Vie de Fabert, t. II, p. 204.
frère, aujourd'hui son ennemi acharné, irréconciliable. Vite, il efface; il modifie ses premières dispositions. S'il était arrêté, « il faudroit doubter, non pas doubter, croire pour certain que Basile a été gagné contre lui, qu'il est plus à craindre qu'aucun autre * » . Jadis, on devait se jeter dans Ham, la place forte de Tabbé. Non seulement Tabbé n*y recevrait plus les amis du surintendant, mais Ham appartient à un autre; et ainsi de suite. Bellebrune, le gouverneur d'Hesdin, était mort; Du Fresne*, La Garde-Foucquet, qui devaient défendre Tombelaine et le Mont-Saint- Michel, disparus. On ne pouvait plus compter sur personne. En somme, du projet de 1657, à part la confiance dans Mme du Plessis-Bellière, rien ne subsistait.
De plus en plus fiévreux, Foucquet efface, corrige, remplace un nom par un autre. « Il est bon que mes amis soient advertis que M. le commandeur de Neuf-Ghayse me doibt le restablissement de sa fortune, que sa charge de vice-admiral a esté payée des deniers que je luy ay donnés parles mains de madame du Plessis, et que jamais un homme n'a donné de parolles plus formelles que luy d'estre dans mes intérêts en tous temps, sans distinction, envers et contre tous. » Et que va-t-il lui demander, à cet homme? Il faudra lui parler, voir la situation de son esprit ; qu'il ne se déclare pas pour le surintendant, car dès lors il n'aurait plus d'action ; mais il peut beaucoup servir a en ne faisant rien » . Par exemple, si on lui donne le commandement de la flotte pour prendre Belle-Isle, Concarneau, le Havre ou Calais, il trouvera des difficultés a qui ne manquent jamais quand on veut » •
Guinant inspirait plus de confiance. Il menacera les places maritimes.
1 Copie figurée de i*écrit trouvé dans le cabinet appelé secret de la maison de M. Foucquet à Saint-Mandé.
* Du Fresne était alors rhomme de Basile Foucquet. Cf. Clémbrt, LeUres, t. I,p. 299, et lettre de Mazarin à l'abbé Foucquet, 7 juillet 1658. Bibl. nat., ms. fr., 23202, p. 253.