‹ Nicolas FoucquetChapitre 133 sur 183 · FOUCQUET R^LIT SON PROJET DE DEFENSE · texte numérisé non relu

FOUCQUET R^LIT SON PROJET DE DEFENSE

M. d'Andilly, un ami, échauffera le zèle de Feuquières. Louis Foucquet, l'évéque d'Agde , son frère François, archevêque de Narbonne, agiront Tun dans le Parlement, Tautre dans les assemblées du clergé. On demandera la convocation d'états généraux, de conciles nationaux, convoqués « dans des lieux éloignés des troupes M , et Ton y proposera a mille matières délicates » . a Voilà, xîcrit Foucquet encore une fois enfiévré, Testât où il faudroit mettre les choses, sans faire d'autres pas, si on se contentoit de me tenir prisonnier. »

Mais si Ton passait outre et si Ton voulait faire son procès, alors les gouverneurs des places écriraient à Son Éminence pour demander sa liberté, sinon, sous prétexte de ce qui leur serait dû (il était toujours dû aux gouverneurs), ils arrêteraient les deniers des receveurs d'impôts, chasseraient les soldats suspects , publieraient un manifeste contre l'oppression et la violence du ministre. Guinant ferait plus. Renforçant ses équipages de matelots principalement étrangers, il enlèveroit « tous les vaisseaux qu'il rencontreroit dans la rivière du Havre à Rouen, et par toute la coste » •

Sur cette belle conception, Foucquet, évidemment se parlantà lui-même, ajoutait : « Il est impossible, les choses estant bien conduites, se joignant à tous les malcontents par d'autres intérêts, que Ton ne fit une affaire assez forte ■ pour arriver à une bonne composition, d'autant plus qu'on ne demanderoit que la liberté d'un homme prêt à donner caution de ne faire aucun mal. »

Suivent quelques idées de détail, où l'on trouve à peine à noter le dépôt des papiers dans des maisons religieuses, l'enlèvement de Le Tellier, u ou de quelques autres de nos ennemis plus considérables » , la publication de pamphlets. Le comble de l'illusion est ce que le malheureux écrivait au sujet de Lamoignon. Il « m'a l'obligation toute entière du poste qu'il occupe, auquel il ne seroit jamais parvenu.

quelque mérite qu'il ait, si je ne luy en avois donné le dessein, si je ne Tavois cultivé et pris la conduite de tout, avec des soins et des applications incroyables » . Fort des protestations de reconnaissance adressées par le premier président à lui, à Langlade, à Mme du Plessis-Guénégaud, il ne doute pas qu*il ne fosse les derniers efforts en sa faveur, « qu'il agisse, ce sont les expressions de Foucquet, comme je ferois pour un de mes amis en pareille occasion » . Enfin, la fièvre tomba, et la plume s'échappa des doigts de TafFolé. 11 ne relut même pas son œuvre si confuse. S'il eût revu de sang-froid cette conception fantastique, presque absurde, ce plan gigantesque, ces montagnes à soulever avec d'aussi fragiles leviers, « pour ne rien faire n, pour « obtenir la liberté d'un homme qui donneroitdes cautions de ne faire aucun mal n , assurément il eût anéanti ces pages inutiles, partant dangereuses, il eût chassé les vapeurs malsaines de cet affreux cauchemar. Foucquet avait écrit, dans son inquiétude, comme chantent les peureux qui traversent un bois. Mais, le bois traversé, l'écho de la chanson se perd. L'écrit, ce ridicule et fatal écrit restera, pour être transformé par des ennemis implacables en projet d'attentat, en crime de lèse-majesté, méritant la mort.

Quand Foucquet reprit son calme , la situation entre lui et Mazarin restait aussi tendue que par le passé. Colbert se plaignait toujours au Cardinal de ne pas recevoir ses mandats '. Avant de mandater, il faut avoir provision. L'Épargne était vide. Le premier ministre, si exigeant quand il s'adressait à Foucquet, tremblait en présence du contribuable. Revenant à Paris, il passa par le Nivernais pour éviter les récriminations des Bourguignons. Chemin faisant, il écrivit au surintendant qu'un sieur Catelan, partisan bien connu, lui transmettrait ses vues sur les finances ^. Cette réserve et la forme insolite de ces instructions avaient une

I Colbert à Mazarin, 14 janvier 1659. Lettres et Instructions^ t. I, p. 322. ' MazariD^à Foucquet, 14 janvier 1659. Bibl. nat., ms. fr. 23202> p. 346*

Page 1