VOYAGE DE FOUCQUET A SAINT-JEAN DE LUZ
paragraphe qu'il ratura ^ Or, Foucquet avait tout lu avant la rature.
Dès ce temps-là, le surintendant des finances était en même temps ministre des postes, et les employés de cette administration gouvernementale possédaient déjà le tact délicat qui leur révèle sous un pli cacheté la pièce intéressante à connaître ^.
Au commencement de septembre 1659, Colbert continue ses attaques ^. « M. le procureur général est presque toujours à Vaux! Il seroit bon que M. le chancelier Séguier, qui n'a pas assez d'activité, tînt un petit conseil chez lui *. » Les conciliabules et les correspondances entre Colbert, Talon, Herwarth, deviennent plus nombreux que jamais. Rien ne reste caché pour leur adversaire, qui se décide à agir avec sa vigueur habituelle.
Le 28 septembre, Foucquet part pour Saint-Jean de Luz à l'improviste. Chef effectif des postes, on lui avait établi de bons relais. Dès les premiers jours d'octobre, il arrivait à Bordeaux *.
Ce départ subit inquiète Colbert. Il sent de son côté que rheure est venue de frapper un grand coup. Moins remuant que son adversaire, mais plus actif peut-être, il se met à l'œuvre, travaille sans désemparer à la rédaction d'un mémoire net, complet, écrit en vue et avec la connaissance parfaite du maître qui le lirait.
Interrogé par Son Éminence sur l'état des finances, il
1 Colbert à Mazarin, 31 aoiît 1659. Lettres et Instructions, t. I, p. 3G1.
* Colbert à Mazarin, 4 janvier 1660. Lettres et Instructions, t. VII, p. 183. ^ Colbert à Mazarin, 24 septembre 1659. Clémbkt, Lettres et Instructions,
^ Colbert prétendra plus tard que Mazarin a fait venir Foucquet pour lui reprocher sa mauvaise gestion. V. Mémoire sur les finances, Foucquet soutient qu'il partit spontanément. Il est certain que le voyage fut concerté, et très certain que le surintendant avança la date de son départ. V. lettre de Mazarin à Foucquet, 7 octobre 1659. Ribl. nat., ms. fr. 23202.
* Le 3 octobre, il était à Poitiers. CLÉMRifT, Letlres et Instructions, t. VII, p. 186.
s'empresse de répondre : cet état est toujours le même, tenu secret entre Foucquet et son commis Bruant. Her>varth n'a pas eu la force de maintenir son contrôle. Personne n'y connaît plus rien.
Si on bannit l'ordre, assurément c'est pour profiter du désordre et dissimuler les grandes machinations.
Bonne ou mauvaise, dès qu'un traitant propose une affaire, on l'accepte en principe et 1 on exige une avance. Le commis, « qui a la confiance » , donne sa promesse (son reçu provisoire) au financier. Le traité, l'ordonnance de remise, l'ordonnance de prêt, tout est rapidement expédié; on crée les billets de l'Épargne. Quelque temps après, on explique au traitant que le projet ne peut pas réussir; on le rembourse de son avance sur quelque autre opération; mais les billets, créés pour la totalité du prêt abandonné, a demeurent entre les mains du Surintendant ou de celuy de ses commis qui a pris soin de cette affaire » . Ils n'y demeurent pas inutiles.
. Autre moyen. De vieux billets du Trésor, impayés depuis 1620, sont achetés sur le pied de 3 à 4 pour 100 de leur valeur nominale. On les prend en payement de bonnes dettes, et ces épaves des anciennes banqueroutes de l'État sont reçues comme argent comptant.
Selon Colbert, le coup aurait été fait tout récemment, à propos d'une soi-disant aliénation de 1,200,000 livres de rente sur les tailles. Il n'ajoute pas que l'opération avait pour chef un de ses amis.
Qui pourrait traverser cette conduite? M. le chancelier Séguier? Par faiblesse, par envie d'avoir sa part, il a tout signé : « C'est une chose publique et connue de tout le monde que le Surintendant a fait de grands établissemens non seulement pour Iny, non seulement pour ses frères, non seulement pour tous ses parens et amis, non seulement pour tous les commis qui l'ont approché, mais encore pour toutes les personnes de qualité du