‹ Nicolas FoucquetChapitre 139 sur 183 · FOUCQUET DÉNONCÉ PAR COLBERT · texte numérisé non relu

FOUCQUET DÉNONCÉ PAR COLBERT

royaume et autres qu'il a voulu s'acquérir, soit pour se conserver, soit pour s'agrandir : et beaucoup de personnes croyent savoir que le seul Delorme a fait pour plus de 4 millions de livres de gratifications, en argent ou revenus de pareille valeur, pendant dix-huit ou vingt mois de temps qu'il a été commis du Surintendant. »

Après cela, Colbert ne parlera pas des « gains épouvantables des gens d'affaires » . Les produits des fermes sont consommés jusqu'en 1661, ceux des tailles jusqu'à fin 1662. Entrées des villes, deniers d'octroi, péages de rivières ont été doublés et aliénés. On peut le croire, il a des tables fort exactes de toutes les impositions.

Ce premier coup porté, l'homme de confiance du Cardinal traite quelques questions secondaires, mais pour revenir bientôt à son objectif. Les surintendants ont préféré la confusion à l'ordre. Pourquoi? Avec l'ordre ils auraient touché leurs appointements et les gratifications qu'on aurait bien voulu leur donner. Avec la confusion, ils ont fait leur fortune telle qu'ils ont voulu, n'étant en peine que de cacher leurs acquisitions « et ces dépenses qu'ils faisoient, sans la participation du Roy ny du premier ministre » .

Quel parti prendre?

Laisser toute l'autorité au surintendant, mais en le surveillant?

L'obliger à signer conjointement avec le Cardinal?

Lui retirer tout son pouvoir. Son Éminence prenant seule le soin entier des finances?

Le premier moyen n'est pas bon. On ne change pas un pareil régime quand « on en a gousté les douceurs » .

Le second entraînerait l'absolution pour le passé : plus de recherches, plus de Chambre de justice, ou, si Foucquet se résigne à en établir une, ce sera pour la rendre de nul effet.

Seule, la troisième résolution serait efficace. C'est alors

qu'on formerait une vraie Chambre de justice avec M. de- Nesmond pour président, Talon pour procureur généraL La sévérité naturelle de ce dernier, parfois préjudiciable aQ service du Roi, serait admirable en cette occasion. Maisâl faut tenir cette pensée extraordinairement secrète, autrement Foucquet brûlera, anéantira ses papiers.

Suit un long exposé des réformes à apporter dans Tadministration des finances, ce qui a toujours été Tair de bravoure des candidats au ministère. Plus d*abus, plus de parasites, plus de privilèges, mais une exacte répartition des charges, une sévère économie et des excédents de recette.

Colbert, homme pratique, savait bien qu'il s'adressait h un chef plus positif encore. « Tout ce projet, reprenait rhabile intendant, est bon, mais en attendant sa réalisation,, il faut vivre. Le Roy n*a aucun crédit; on ne traite pas avec iuy dans la croyance qu'il doit faire banqueroute. Il ne se trouveroit pas que, depuis dix ans, un homme qui, ayant 50, 000 livres de patrimoine, se fût mis dans les affaires du Roy et Iuy ait preste un sol. « Il faut donc permettre à Foucquet quelques-unes des affaires qu'il proposera, le caresser fort, « ce qui l'obligera de s'engager en son nom pour toutes les dépenses. S'il prétend avoir fait de grandes avances, il faut par toutes sortes de moyens et de caresses l'obliger de différer son remboursement jusqu'au retour de Mazarin... Ce sera un moyen de retenir son esprit naturellement actif, inquiet et intrigant, au cas que Son Éminence prenne la résolution de Iuy donner la mortification de prendre la seule et entière direction des finances. »

Ensuite, le Cardinal pourra faire ce qui lui plaira, occuper les places de Flandre, d Italie, d'Espagne, porter la terreur de son nom jusqu'en Asie, etc., etc.

Colbert, laborieux, mais lent, employa les deux journées^ du 28 et du 29 septembre à la rédaction de ce factum, et il en tint la minute sous clef dans son arrière-cabinet. Pour

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