FOUCOUET INTERCEPTE LA DÉNONCIATION DE COLBERT
Texpédier, il enferma son serviteur Picon pendant deux jours, ne le laissant sortir que pour manger *.
Le 2 octobre, lefactum partit sous pli cacheté pour Saint- Jean de Luz^.
Golbert comptait sans la poste. Le lendemain de son arrivée à Bordeaux, Foucquet montrait à Gourville le grand projet de son rival. Puis, comme il n'y avait pas de temps à perdre, tous les deux se mirent a transcrire le document, l'un copiant la page de droite, l'autre celle de gauche, car il fallait rendre le pli^. La copie toutefois n'en fut pas sitôt faite que l'envoi de Golbert ne subît un sensible retard.
Mazarin, qui croyait signer le traité de paix en septembre, avait d'abord convoqué Foucquet à Toulouse, où la Cour devait se rendre*. Appelé par un contre-ordre à Saint-Jean de Luz, le surintendant y arriva le 15 octobre au soir*, au moment où Mazarin achevait la lecture du volumineux factum de Golbert qu'il eut à peine le temps de cacher sous d'autres papiers, précaution bien inutile.
Foucquet commença par se plaindre des discours tenus par Herwartb, où l'on annonçait sa sortie prochaine des finances; c'était chose résolue, suivie de concert avec Golbert, mais à tenir bien secrète, car si elle ne réussissait pas, le surintendant se vengerait. Que Golbert n'eût plus pour lui l'affection d'autrefois, Foucquet s'en était bien aperçu. Cependant, il n'avait jamais froissé un homme qu'il estimait beaucoup et pour ses mérites et par égard pour Son Éminence. Il ne tarit pas à ce sujet, se plaignant seulement des
* Clément, Lettres et Instructions, t. VII, p. 182. « Ibid., p. 186.
' GornTiLLB, Mémoires^ p. 525. Ces Mémoires sont très défectueux comme chronologie et comme dét<iils. Quoi qu'en dise Gourville, il est certain qu'il ne vint pas de Paris avec Foucquet, comme il le donne à entendre. V. lettre de Bartet.
* MoNTGLAT, Mémoires, p. 344. La Cour quitta Bordeaux te 7 octobre et arriva à Toulouse le 14. Dom\ aissette^ Histoire générale du Languedoc, t. X^ p. 137.
^ Histoire du traité de la paix^ p. 205; édit. de Cologne^ 1665.
conciliabules avec Herwarth, avec Talon. Et pourquoi tous ces préparatifs de guerre? M. Colbert ne doutait pas que, sur un seul mot du Cardinal, lui, Foucquet, se retirerait, remettrait non seulement la surintendance, mais sa charge de procureur général.
Mazarin alors de feindre Tétonnement. Il n'avait connaissance d'aucune hostilité semblable. « Je sais tout dans la source, répliqua Foucquet; Herwarth a donné plusieurs mémoires à M. Colbert, et si Son Éminence n'en a reçu un touchant les finances, elle le recevra bientôt; je suis assuré qu'on y travaille. »
 ces paroles précises, Mazarin resta d'abord interdit; puis, reprenant son aplomb, il parla tant et si bien que, selon lui, il persuada le surintendant de l'innocence de Colbert. Nicolas répondit qu'il désirait bien vivre avec l'homme de confiance du Cardinal, suivre ses conseils. A son tour, il joua parfaitement la comédie, et le ministre écrivit aussitôt à son confident que Foucquet ne se doutait de rien ; il avait tout au plus quelques soupçons venus par Herwarth, un vaniteux, un discoureur, un indiscret. Au demeurant, il lui avait donné d^excellentes explications et promis de le tenir au courant de toutes les affaires, grandes et petites, de loin comme de près. Il espérait donc que les deux hommes vivraient bien ensemble à l'avenir; c'était son désir, sa volonté.
Le Cardinal n'ajouta pas qu'en plus d'un point il avait lâché son fidèle serviteur et dit de lui « des choses étranges », que Foucquet devait pardonner à Colbert, pour l'amour de lui, Mazarin, qui avait tant besoin de ce factotum, à qui il écrirait de demander pardon au surintendant, dès la rentrée de celui-ci à Paris ' .
Dans ce mémorable engagement entre ces deux jouteurs, le moins habile ne fut pas Foucquet; il est vrai que
« DefensfS, t. IV, p. 103.