‹ Nicolas FoucquetChapitre 141 sur 183 · EXPLICATION ENTRE MAZARIN ET FOUCQUET · texte numérisé non relu

EXPLICATION ENTRE MAZARIN ET FOUCQUET

le maître des postes avait mis un gros atout dans son jeu.

Mazarin, convaincu que ses explications avaient écarté tous les soupçons, présenta cérémonieusement Foucquet à Don Luis de Haro, le plénipotentiaire espagnol. On put même croire que ses propres défiances étaient dissipées devant les réponses du surintendant. » Il m'a informé en détail, écrivait-il à Le Tellier, deFétatdes finances. » Et, point capital, le ministre ajoutait : « Le revenu du Roy ne suffisant pas, il faut avoir recours à des voies extraordinaires'. »

Foucquet, en effet, avait proposé, comme moyen financier, outre une pression sur les états de Languedoc pour en tirer plus d'argent, l'imposition d'un droit sur les marchandises importées par navires étrangers *. Dans sa pensée, cette dernière mesure n'était pas seulement fiscale, mais devait servir à l'établissement d'un régime commercial et maritime nouveau, à la reprise des projets de navigation, de colonisation abandonnés depuis vingt années '. Intéressé avec plus ou moins de bonheur dans toutes les entreprises de ce genre, au Canada, aux Antilles, à Madagascar, il s'en expliquait avec une chaleur persuasive et une compétence indiscutable. On obtiendrait par là » pour le Roi des revenus immenses, applicables au soulagement des peuples » .

Tout triomphant, Foucquet retourne à Toulouse où il arrive le 23 au soir. Sans perdre de temps, il s'explique à fond avec Le Tellier sur leur situation respective. Il éclaircit les malentendus, cause de leur mutuelle défiance. Le Roi approuve les projets présentés par Foucquet, qui agit avec énergie sur les états présidés par son frère François, archevêque de Narbonne*, et où siégeait son autre frère, Louis, évéque d'Agde.

On demandait de grosses sommes à ces états et quasi

> Mazarin a Le Tellier, 20 octobre 1659. Bibl. nal., ma. fr., 6896, f> 236.

* Le Tellier à Mazarin, 24 octobre 1659. Ibid., f> 235.

» Défenses, u V, p. 339.

^ Dom Vaissbttb, Histoire du Languedoc^ t. X, p. 139.

naient à un même maître et ne devaient son{jer qu'à le servir. Il recevrait volontiers les avis de Colbert et souhaitait son amitié ; Colbert ne resta pas en arrière et répondit fort amicalement ^ Nicolas, toujours désireux de voir dissiper les nuages, crut sincèrement à ce traité de paix*. Or, dès le lendemain de Tentrevue, Colbert écrivait à Mazarin une longue lettre dont l'unique objet était d'expliquer comment Foucquct avait obtenu connaissance de son mémoire. Du rapprochement des dates, par quelques mots échappés à son trop confiant interlocuteur, il tenait pour certain que le paquet adressé à Mazarin avait été remis à Foucquet par le maître des postes. Nulle plainte d'ailleurs contre ce dernier ni contre cette violation du secret des lettres. Courtisan impeccable, il n'ajouta pas que Son Éminence avait montré beaucoup de faiblesse au cours de ses discussions. Il n'était pas un homme à se plaindre, mais bien plutôt à attendre l'heure de la revanche. Telles furent, en 1060, les étrennes échangées entre Colbert et Foucquet.

> Foucquet à Mazarin, 6 janvier 1660. Lettres et Instructions^ t. I, p. 518.

* Le 19 janvier, il écrivait à Mazarin : « M. Colbert est party content de moy. » Lettres et Instructions^ t. I, p. 519. « Je Hs à mon arrivée, dit-il dans ses Défenses^ t. V, p. 92, une réconciliation entière avec le sieur Colbert, sincère de mon coslé, mais pas du sien. •

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