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ADJUDICATION DES GROSSES FERMES

nèrent en leur nom et servirent d'hommes de paille au ministre. En ce temps-là, on n'agissait guère que par personnes interposées. Les financiers, peu confiants les uns dans les autres, ne savaient plus que penser. Garder l'argent dans les coffres? Laisser arriver de nouveaux venus qui apprendraient le métier? Mieux valait faire un sacrifice. Les fermes trouvèrent donc preneurs à bonne condition '.

Le ministre avait le droit d'accepter des surenchères entre l'adjudication et l'approbation du contrat. Maissat et consorts surenchérirent dans le délai voulu sur Girardin, ami de Gourville, adjudicataire provisoire de la ferme des aides. Foucquet, par égard pour d'anciennes relations, fit offrir la préférence à Girardin et, sur son refus, déclare les Maissat adjudicataires définitifs ^. De là certains bruits, certaines rancunes qui se retrouveront plus tard.

En somme, l'opération produisit une augmentation de plus de six millions, en un temps où le budget ne dépassait pas soixante millions effectifs. Dans le Conseil, à la Cour, ce fut un concert d'éloges; à la Cour surtout, où Foucquet, suivant l'usage, fit voiturer le pot-de-vin du Roi et de la Reine, cent mille écus. Cette somme était à vrai dire un supplément de prix, qu'on ne peut comparer aux modernes concussions dissimulées sous la forme de cadeaux, démarchés, d'actions vendues à option, ou bien, comble de l'art, d'argent remis de la main à la main, en usage aujourd'hui.

Quant au surintendant, il n'avait voulu accepter ni donner de pensions et, sauf les cent mille écus du Roi et cent mille livres destinées à la récompense de certains services connus, rien n'avait été prélevé sur les adjudicataires.

Mazarin, moins réservé, chargea Colbert d'insinuer à Foucquet qu'il devrait bien accorder une part dans les fermes aux Cantarini, de Lyon, pour rétablir leurs affaires.

1 Foucquet à Mnzarin, 6-25 janvier 1660. AfFaires étrangères, France, vol. 910, K' 1, 14, 25.

^Lettres et Instructions de Colbert, t. II, préF., p. x.

500 NICOLAS FODCQUET.

Les Cantarini, les Cenami avaient jadis servi d'hommes de paille au Cardinal. Foucquet refusa. Le nom de ces banqueroutiers discréditerait les fermes; mieux vaudrait leur donner une pension de vingt mille livres par an. Mazarin accepta '.

C'est par celte administration habile, indiscutable, que le surintendant répondait à la première partie du factum de Colbert. Restait Tattaque plus personnelle contre le luxe de table et les grandes dépenses de bâtiments. Foucquet ne pouvait laisser Vaux inachevé; mais il réduisit son train de maison de plus d'un tiers *.

Le plan de son ennemi consistait encore à tirer parti de son amour-propre, à l'engager dans de grandes dettes personnelles. Pour le déjouer, il écrivit à Mazarin, lui demandant l'autorisation de reprendre sur le produit des fermes une partie de ce qui lui était dû par le Roi. Mazarin, n'osant refuser, le pria de ne prélever que quinze à dix-huit cent mille francs *.

Évidemment, Foucquet s'efForçait de rectifier sa situation politique et financière. Idée sage, résolution excellente; mais, hélas! dans les batailles de la vie comme dans celles de la guerre, on ne se résigne à ces rectifications qu'en présence d'un ennemi qui vous guette pour profiter des fausses manœuvres.

A peine cette opération du bail des fermes élaitelle menée à bonne fin, qu'il fallut parer à un danger assez sérieux.

* Lettres et Instructions, t. I, p. 440. Voicî ce que Foucquet écrivit au Cardinal : « MM. Cénami tegmoignent vouloir estre intéressés dans la ferme et qu'on prenne en paiement pour les advances, frais et paiements à faire au Roy, des quittances de ce qui leur est deub. Personne assurément ne peut s accomoder de cette condition, et les fermiers seroicnt ruinez de crédit s'ils avoient un associé de cette qualité... Il vaut mieux en douant une belle comi«sion y adjouster tels appointemens, et pention qu'il plaira à Votre Éminence d'arbitrer; et je la suplie de mander au plus tost ce qu'il luy plaist qu'ils gaignent par an. . 19 janvier 1660. Affaires étranj^ères, France, vol. 910, f<'19.

« Cela résulte du dire même de Talon. V. Défenses, t. VI, p. 152 et suiv.

• Défenses, ibid.

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