‹ Nicolas FoucquetChapitre 144 sur 183 · OPÉUATIONS SUR LES RENTES · texte numérisé non relu

OPÉUATIONS SUR LES RENTES

Le régime financier de ce temps apparaît comme un chaos, parce qu'on ne le voit guère qu'à travers des accusations et des défenses. Les formes étaient compliquées, mais rien n*élait sans forme. Plusieurs impôts n'avaient été vérifiés que pour un temps, pour la durée de la guerre. La paix faite, on ne pouvait plus les lever sans concussion. Les villes, très au courant de leurs droits, préparaient des requêtes au Parlement et aux autres compagnies souveraines. Dans un ordre d'idées tout contraire, les fonctionnaires réclamaient le rétablissement de gages, de pensions, d'allocations supprimés ou diminués^ mais seulement tant que la guerre durerait.

Foucquet, pour couper court à ces réclamations qui eussent détruit l'équilibre très instable des finances, rédigea aussitôt une déclaration ordonnant le maintien provisoire de tous les droits, et 1 envoya en hâte à Mazarin. Il y signalait « ces tribuns du peuple qui promettent leur assistance et protection à tout ce qui va contre les droits du Roy » . Il ajoutait : « V. E. jugera facilement l'importance de cette affaire et où l'État se trouveroit réduit si, tout d'un coup, on levoit, on supprimoit la levée de cinq ou six millions qui sont de cette qualité dans les revenus du Roy, et si on augmentoit (la dépense) de beaucoup d'advantage en pensions qui ont esté retranchées sous le même prétexte de la guerre. Cependant, on en parle avec chaleur, et à la fin quelque chose éclatera '. »

Ses précautions prises, le surintendant continua les réformes. L'opération des fermes ayant réussi, une semblable fut immédiatement entreprise, qu'on appellerait aujourd'hui conversion de la rente et qu'on nommait alors tout crûment réduction ou retranchement.

Les rentes, non pas les anciennes, mais celles qui avaient été émises pendant la guerre, les augmentations de gages

1 Foucquet à Mazarin, il mars 1660. Affaires étrangères, France, 9iO,F>9i.

accordées ix prix d'argent, enfin toutes les aliénations faites pendant la même période devaient être Tobjet d'une réduction. Foucquet et Mazarin étaient convenus de garder le secret sur cette opération délicate. Dès la fin de février, tout le monde en discourait à Paris. Les magistrats surtout, frappés dans leurs revenus, protestaient.

c( il ne faut pas faire un pas en arrière, écrivait encore Foucquet, et la résolution en ayant esté prise et estant fort juste, il la faut exécuter comme une affaire ordinaire de finances, à laquelle on ne puisse espérer changement ou modération, ny faire exception de personne. Ce n'est pas, ajoutait-il, que j'estime qu'en même temps que la chose éclattera, il ne faille faire quelque grâce aux principaux, afin d'adoucir le mal et leur laisser l'espérance d'un bon traitement à Tadvenir. Si V. E. l'approuve, il faudroit donner une Ordonnance d'appointement à chacun de Messieurs de la Grand'Gliambre du Parlement et à deux ou trois des plus considérables des autres Chambres, et à proportion dans la Cour des aydes et Chambre des comptes. » On signifiera l'arrêt sous huitaine, afin que « l'intervalle de la semaine sainte et des festes donne lieu d'appaiser les premiers mouvemens* ». Si Foucquet corrompait, c'était pour le bon motif, au vu et su du premier ministre.

Mazarin laissa lesurintendunt conduire l'opération comme il l'entendrait, se contentant de lui rappeler ses paroles d autrefois, qu'il serait facile de remédier à ces aliénations onéreuses. Foucquet en convenait. « Il est aysé, disait-il, de rembourser les acquéreurs sur le mesme pied, et encore aujourd'huy, si je trouvois du fond, je le ferois, et personne n auroitrien à dire. » Mais le fonds manquait ^.

1.0 procédé restait correct. C'était le remboursement imposé à qui ne voulait pas accepter une réduction du taux des renies. Tout au contraire, Mazarin et Colbert en

* Fouc<|iiei àMazarin, il mars 1660. Affaires ctran(;èreâ, France, 910, P>91. - Foucquec à Mazarin, 2G mars 1660. Jbùi,^ ('^ 134.

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