DESORDRES A PARIS
revenaient toujours à la banqueroute à peine déguisée.
Continuant d'appliquer sa politique modérée, le surintendant ne fit porter Tarrét que sur les nouvelles rentes *, lais- ■sant de côté les contrats d'augmentation de gages qui, en réalité, n'étaient pas purement financiers *.
Il avait voulu agir avant le retour du Roi, pour éviter des importunités au Cardinal. En revanche, il suppliait le ministre de faire en sorte qu'on parlât peu de la mesure à la Cour, qu'on n'en écrivît pas à Paris, qu'après avoir dit : «La chose <îst juste, le Roy le veut, tout soit finy'*. »» Le prévôt des marchands (qui d'ailleurs se conduisait bien) irait trouver le Roi avec une députation. Le Roi répondrait qu'il ne pouvait rien changer, qu'eux-mêmes au fond sont persuadés de la justice de cette solution, et qu'ils ne réclament que par un devoir de position.
L'événement fut conforme à ces prévisions. Trois ou quatre cents personnes s'assemblèrent à l'hôtel de ville, essayant d'attirer à elles les porteurs d'anciennes rentes; mais le coup avait été prévu, et des déclarations du ministre rassuraient ces derniers. De plus, on avait en sous-main préparé un chef à ces émeutiers trop riches pour être dangereux. Un ancien maître des requêtes, M. de Pinon, se mit à leur tête et fit tourner le tout en députation au chancelier, au premier président, au surintendant. Foucquet reçut le prévôt des marchands et leséchevins. Ils parlèrent, il leur répondit; ils se retirèrent à l'ordinaire.
A peine débarrassé comme surintendant, Foucquet,
' M. Viilirer, Histoire de la tlelte, t. I, p. 76, cite un arrM du Conseil du 30 mars, décidant que les traitants ou autres propriétaires de rentes dont les titres seraient postérieurs à Tavènetnent du Roi, seraient remboursés. Il cite un registre manuscrit de l'hôtel de ville de Paris, coté 38, f" 208, déposé aux Archives nationales.
• tt Outre qu'on se sert du nom de na(ves qui n'est qu'un prétexte; car les mesmes gens ont des rentes, qu'ils auront autant de regret de veoir perdre souhz ce nom là comme soubz celuy de gages. »» Foucquet à Mazarin, 26 mars 1660.
» Foucquet à Mazarin, 9 avril 1660. Affaires étrangères, France, 910, P» 170.
comme procureur général, défendit au Parlement de s'immiscer dans raffaire. A toutes fins, il avait demandé quelques lettres de cachet, dont il fournissait le modèle : « Le Roy avant pris une résolution juste sur le faict des rentes nouvelles aliénées à vil prix, sans intéresser en aucune façon les anciennes...,. des particuliers font des assemblées, ce qui est contre Tordre. S. M. ne voulant pas que la tranquillité de sa bonne ville de Paris soit altérée par l'intérêt de quelques particuliers..., etc., etc. » , défense de s'assembler, h peine de suppression complète du payement des nouvelles rentes '.
Malfîré les efforts de Pinon, deux ou trois rentiers avant excité du désordre, Foucquet leur envoya dire que « le Roy les feroit chastier ». Il ne leur donnait pour réfléchir que le temps nécessaire au retour d'un courrier envoyé à la Cour. Aussitôt les mutins, leurs parents, leurs amis, accoururent, expliquant leurs discours mal compris, sollicitant leur pardon. Le Parlement, les autres Compagnies « voyant que personne ne s'y adressoit », restent dans le silence. Pinon réunit à nouveau ses « réduits » , leur rend compte des députations. Il faut se soumettre; une seule voie de recours leur reste : la supplication au Roi. On ira donc au Roi, mais sans le concours compromettant de conseillers d'aucune compagnie. En attendant, plus d'assemblées. Les « réduits » acceptent tout *.
L'affaire amenée à ce point, le dénouement était trouvé. Foucquet l'indiquait à Mazarin, aussi fertile que lui en ces sortes d'expédients. Recevoir sans délai les députés, ne pas précipiter la réponse ; leur demander un mémoire par écrit de leurs représentations verbales, les adresser à un de messieurs du Conseil *. C'est ce que Foucquet appelait « agir en douceur » .
« Lettre du 13 avril 1660. Affaires étrangères, France, vol. 910, f» 177.
' Foucquet à Mazarin, 22 avril 1660. AfËaiires étrangères, France, vol. 910, f» 192.
' Foucquet à Mazarin, 8 mai 1660. Affaires étrangères, France, vol. 910^ f^207.