PROJETS FINANCIERS DE FOUCQUET
L'heureuse issue de cette opération conservait au Trésor deux millions enlevés aux rentiers. « Il n'a pas tenu à certaines gens, que je ne nonimeray pas, ajoutait Foucquet, qu'il ne soit arrivé bien des incidents ; mais ayant l'assurance de la protection de V. E., j'ay eu assez de vigueur pour leur faire connoistre qu'ils ne viendroient pas à bout de leurs desseins. Jamais le Parlement n'a esté si tranquille *. »
Quand il s'agit du châtiment à infliger à la ville de Marseille, ce fut autre chose, Foucquet se prononça pour la suppression ou du moins pour la restriction du droit de port franc. Sans nier les excès commis par les traitants des cinq grosses fermes, il prend à partie « ceux qui ne sont pas chargez des affaires de finance et qui parlent continuellement de la liberté du commerce et de la descharge des droits qui sont imposez sur les denrées et marchandises. Ils paroissent avoir raison et disent des choses fort spécieuses en apparence, mais fort ruineuses en effect. n II faut avoir des vues d'ensemble, dans les finances. « Tout le secret aboutit à rendre les impositions égales » , c'est-à-dire également réparties. « Autrement, si on décharge tout, on perd les plus beaux et assurés revenus du royaume; si on n'en descharge que d'un costé, on enrichit à la vérité ce costé-là, mais on ruine tout le reste et l'on ouvre des portes que Ton ne peut plus fermer. »
tt Chacun de ceulx qui parlent le font selon l'intérest ou la cognoissance qu'ilz ont d'une ville ou d'une province, ou (qui) sont des lieux mesmes ; mais ceux qui regardent tout ensemble auront un autre sentiment. »
« Il faut descharger le peuple des tailles le plus qu'on pourra et augmenter aussi les fermes par tous moyens, et ne perdre jamais, s'il se peut, ce qui est une fois acquis. Les engagements sont bien moins préjudiciables, car on y
1 Lettre du 22 avril 1660, déjà citée.
revient, et le peuple paye toujours ; mais les exemptions une fois accordées, on n'y revient plus qu'avec des peines infinies. »
Pour faire passer sa leçon financière, Foucquet« demandoit pardon à Son Éminence de tant insister sur des matières qu'elle cognoissoit mieux que lui » . Mais il doit promunir le ministre. Quand il traverse une province, chacun vient alléguer à sa mode ce qui lui est avantageux, couvrant le tout de rintérét du Roi, du bien de TÉtat; on se laisse persuader, et ce n'est qu'à grand'peine qu'on sort ensuite de ces erreurs. Instruit par sa propre expérience, le surintendant ne doute pas qu'on n'importune le Roi, la Reine, le Cardinal par de semblables chimères. Il prie le ministre de résister ou tout au moins d'ajourner ses résolutions au retour à Paris * .
Comment, en effet, parler de dégrèvement, quand Mazarin exigeait vingt-cinq millions par an pour les dépenses qu'il réglait directement? On n'avait pas encore désarmé ; les gouverneurs de places étaient loin de se résigner à la réduction de leurs prélèvements*. Il en était de douteux qu'il fallait racheter. A Donna, gouverneur d'Orange, on paya deux cent mille livres ^. On finit par s'arranger avec le gouverneur de Hesdin *. L'argent pourtant rentrait difficilement. Foucquet, en véritable ministre des finances, ayant vu, dans le traité de paix, que les Espagnols verseraient pour l'infante Marie- Thérèse une dot de cinq cent mille écus d'or, voulut les faire figurer au budget*. Illusion : cette dot ne devait jamais être payée. On prétendit même plus tard qu'on l'eût encaissée à regret; que ce non-payement était prévu, voulu, et constituait la plus belle conception diplomatique de Mazarin. Le
» Leitrc du 2 avril 1660. Affaires étrangères, France, vol. 910, f» 151.
* Foucquct explique cette situation tout au long dans sa correspondance du 11 mars 1660, ci-dessus citée.
» Di'ft'nscK, t. IV, p. 131.
* LoRKT, Fm Muze historiffuey t. III, p. 179 (mars 1660).
* Lettre du 26 mars 1660. déjà citée.