RELATIONS DE LAMOIGNON AVEC FOUCQUET
•croira qui voudra. Par contre, il fallait envoyer un million -en. Alsace et tirer ce million du Trésor français, qui depuis longtemps n'avait pas vu une si grosse somme. Le surintendant ne trouvait nulle part un concours assuré, et ne pouvait déjà plus compter sur Lamoignon qui qualifiait de •despotiques et d'injustes ses sollicitations en matière de finances'. C'était abuser des droits du bienfaiteur, si bienfaiteur il y avait. Une prudente réserve s'était transformée «n résistance. Le premier président s'éloignait du pro- •cureur général, en parlant toujours avec éloge, mais ne l'aimant plus et disant avec le Psalmiste : Dinipisti vîncula vica, sacrijicabo tibi hostiam lundis. En bon français. Tu m'as dégagé de ma reconnaissance, je te payerai en compliments. Encore est-ce Lamoignon qui parle de compliments. Dans son petit cénacle, on ne ménageait pas les partisans ni les surintendants. Le « patron » ne disait rien, mais si Guy Patin attaquait les financiers ou les Jésuites, il souriait bonnement*.
L'austère magistrat ne négligeait pourtant pas ses intérêts. Il savait bien trouver son pseudo-protecteur Foucquet pour solliciter le payement de trente mille livres sur le prix de sa charge, somme promise par Mazarin, plus vingt mille livres comme dédommagement « de la perte sur son office de maître des requestes >» , plus dix-huit mille « déboursez pour son bâtiment » , c'est-à-dire pour Thôtel de la première présidence. Comme on avait autrefois pillé le manant et le bourgeois, on s'apprenait à piller l'État. Foucquet se <léfendait : ce n'était pas à lui à disposer ainsi du bien du Roi : ces sortes de grâces devaient être demandées à Son Éminence *. Il interrogeait Mazarin sur la conduite à tenir envers M. le premier président, qui possédait « des augmentations -de gages pour une somme considérable » , et que « le retran-
' Arrêté» de Lamoifjnon, loc, cil,
« Gi'T Patijj, Lettres, t. Il, p. 184.
^ Lettre du 11 mard 1660. Affaires étrangères, France, 910, f^ 91.
chement » sans doute fâcherait. Mazarin répondit à l'italienne, par des questions sur la situation de Lamoignon '.
Malgré tout, Foucquet, dans son optimisme, ne se défiait pas encore du premier président; mais avec Tavocat général, Denis Talon, la guerre était déclarée, et le surintendant n'avait pas été surpris de le voir figurer dans le factum de Colbert, comme procureur général de la Chambre de justice à créer contre lui.
Talon apparaissait d'ailleurs comme Tanti thèse de Foucquet. De tenue médiocre, même sale, il vivait d'une vie étroite, à côté d'une femme nulle, sous la surveillance d'une mère hautaine et acariâtre*, veuve vertueuse de l'austère Omer Talon, l'ami du peuple. Très savant, bien plus savant que le procureur général, tandis que ce dernier s'expliquait dans un langage rude, mais clair et précis, Denis Talon construisait ses phrases suivant la pompeuse ordonnance de Balzac. A peine prenait-il la parole qu^on le perdait de vue, enlevé dans les nuées, d'où il déclamait « tout ce que Sacrobosco, Tycho-Brahé, Copernic » et autres astronomes ont dit du mouvement des astres, etc., uniquement « pour faire comprendre ce que c'est que le temps, comme on le doibt employer » , et aussi, disaient les auditeurs, comment on peut le perdre '. Au fond, magistrat habile, laborieux, intègre, chaste.
Comme on l'a déjà remarqué, entre le procureur général et l'avocat général au Parlement, il n'existait pas de hiérarchie bien réglée. L'un requérait, l'autre soutenait la requête; mais, naturellement, l'orateur prenait le pas sur le consultant, l'avocat sur l'avoué ; d'autant plus que les prédécesseurs de Foucquet, les Méliand et autres, n'avaient guère brillé. Homme d'État, en même temps que jurisconsulte pratique, Foucquet avait voulu reprendre son rang
» Lettre du 26 mars 1660, déjà citée.
' Fléchier, Les grands jours (TAuvergnCy p. 93.
' Lettre de Ballesdens à Séguier, Bulletin du Comité historiifue,i%k9yp.%0.