‹ Nicolas FoucquetChapitre 150 sur 183 · FOUCQUET ÉCRIT A LA REINE MÈRE · texte numérisé non relu

FOUCQUET ÉCRIT A LA REINE MÈRE

Roy le prisonnier du lieu où il est et Tenfermer dans quelque autre chasteau, où on luy fera expier son crime par une prison perpétuelle. >• On attend les ordres de Son Éminence

On ne sait pas ce que répondit Mazarin ; mais, si le Cardinal le voulut, on emprisonna Thomme sans jugement, à perpétuité dans un château. Vincennes en ce sens était un château, comme Pignerol. Le procureur n'ignorait pourtant pas la loi. Un peu plus tard, Mazarin ayant demandé un traitement de faveur pour un autre accusé à qui s'intéressait don Luis, le ministre espagnol, Foucquet répondit que si Ton faisait grâce de la vie au coupable, on le bannirait, « car la peine de la prison perpétuelle n'existe pas dans nos lois * » .

On peut dire toutefois que, depuis sa vive alerte à Bordeaux, le surintendant n'avait ni commis une faute, ni négligé une précaution. Peut-être, au contraire, exagéra-t-il la prudence. Il avait vu le Cardinal souffrant, goutteux, luttant courageusement contre la maladie, mais au fond ne concluant la paix que par un sentiment secret de sa décrépitude et par un besoin absolu de repos. Plus que jamais Mazarin appartenait à ses familiers. Le mémoire de Colbert, si profondément marqué au coin d'une entente complète entre le domestique et le maître, l'attitude froide du dénonciateur, celle non moins équivoque du Cardinal, en outre, Ilerwarth dans les finances. Talon au Parlement, ne laissaient pas de troubler Foucquet.

Dans les premiers jours d'avril, il s'avise d'écrire à la Reine, médite son thème; puis, avec l'aide peut-être de Pellisson, rédige une fort longue lettre.

n Puisque je trouve une occasion seure pour rendre compte de mes actions à la personne de qui je veux bien

' Foucquet à Mazarin, S avril 1660, ci-dessus citée.

* Foucquet à LeTellier, S septembre 1659. Bibliothèque nationale, ms. fr., 6896, r» 14.

qu'elles dépendent tant que vivray, à la bonté de laquelle je ne puis jamais tesmoigner toute la reconnoissance que j'ay dans le cœur, et de qui j'attends les moindres commandemens comme les plus grands sujets de joye que je puisse recevoir, je diray... >»

Et Foucquet de décrire les embarras où il s'est trouvé à son retour à Paris, sans argent, sans crédit, jalousé par Séguier, attaqué par Herwarth, et, malgré ces obstacles, son succès dans l'affaire des Fermes. « Rien ne pouvoit mieux réussir et tout le conseil a esté contraint d'admirer ma conduite. Je sçais bien que peu à peu l'on pourra perfectionner les choses et que par les ouvertures que j'ay données, avec du temps, on peut former d'autres desseins; mais enfin, j'ose dire que ma grande application à la connoissance des finances m'y a rendu si sçavant et si expérimenté, que toutes les fois que je seray assuré d'estre appuyé de l'autorité du Roy, sans crainte d'estre désavoué, abandonné et exposé aux discours de tous ceux qui voudront parler contre moy, le Roy ne peut rien désirer en cette matière dont il ne vienne à bout. »

En peu de temps on équilibrera les recettes et les dépenses, on sera prétaux actions extraordinaires, si l'on en veut entreprendre ; on soulagera le peuple.

« Cependant, tous ceux qui demandent et sont refusés, tous ceux qui espèrent et n'obtiennent pas, tous ceux dont les abus sont réprimés, conservent la haine. Les plus proches se plaignent quand on ne les comble pas de biens, sans compter les gens à qui on en oste. Les envieux sont encore pires que les ennemis; de sorte qu'il faut occuper tout son temps, donner toute son application et faire beaucoup de dépenses pour empescher les mauvais offices de ces gens-là. » Dès qu'ils parlent, ils sont écoutés.

On n'a pas pu tenir secrète l'affaire du retranchement des rentes aliénées à vil prix. « Quoyque M. le Cardinal ne parle pas publiquement contre moy, néanmoins il craint

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