‹ Nicolas FoucquetChapitre 151 sur 183 · LETTRE DE FOUCQUET A LA REINE · texte numérisé non relu

LETTRE DE FOUCQUET A LA REINE

que Tenvie ne retombe sur lui. Il dit tant de choses que bien tost tout est publié, au lieu qu'en disant en peu de mots : Le Roy le veut et se fera obéir, tout seroit fait. Si je choque bien du monde, on se plaint, et Son Éminence me blasme de luy attirer des affaires ; si j'évite le bruit, Son Éminence dit que je veux tout ménager. » Partant, moins de vigueur dans Faction, parce qu'on a moins d'assurance dans la protection.

« Je fais ce que je puis pour ramener Colbert à moy, je lui ay rendu des services en son particulier très importants. . . , il m'a confié des grands secrets..., mais après tout, s'il a dessein sur mon employ et que son but soit de me déposséder pour faire les finances de son chef ou sous les ordres de Son Éminence, je ne puis le regagner ou le radoucir. » Le Tellier préfère Foucquet à Colbert. Lionne voudrait peut-être la place du surintendant, mais n'oserait la prendre. Il reculerait par timidité. « Mon frère l'Abbé est un des plus dangereux que j'aye » , secondé par Delorme à la ville, par Varengeville à la Cour, attaquant d'Andilly et de Grave comme amis du surintendant.

«Je veux faire ma confession tout entière, et, après avoir dit cy-dessus à mon avantage plusieurs choses, il faut que je dise mes défauts. >» Foucquet reconnaît que son esprit est porté aux choses grandes, au-dessus de sa condition; il aime à faire plaisir, à s'acquérir des amis, et il réussit parce qu'il fait de bonne grâce ce qu'il veut faire. Ses dépenses sont excessives ; il les diminue.

Les bâtiments et les jardins de Vaux ont trop coûté, il le regrette. Il a offert ce domaine en présent au Cardinal, et son acceptation l'eût comblé de joie, « parce que donner une chose de cette nature est une action plus grande et plus extraordinaire que de l'avoir faite >• . En bon et en mauvais, tout Foucquet se révèle dans ces deux lignes. Puis, il explique l'acquisition de Belle-Isie, « terre qui est aussy une place forte » . Il l'a payée un million en vendant trois

cent mille livres d'autres biens et en s'endettant du surplus. Vaux et Belle-Isle sont de trop grand cciat pour lui, mais, dans sa position, quand on doit de cinq à six millions, « il faut pouvoir un peu se distinguer des autres hommes. Mettre de l'argent à profit, entasser inutilement des sommes dans des coffres, ce seroit pour moy une condition assez misérable. »

Ce qui suit, ëcrit en 1660, est absolument digne de remarque, tt J'ay eu du bien de mon chef, j'en ay eu davantage de ma femme. Les revenus ont produit de quoy faire de la dépense, avec ce que la surintendance fournit, outre que le grand maniement de l'argent fait que l'on n'est pas si réservé.

n 11 est donc vrai que dans la position incertaine où je suis, et qui peut m'estre ostée d'heure à autre, pour m'y estre fait des ennemis, j'ay esté bien ayse de me voir une retraite, avec espérance, si je me trouve hors d'employ, d'y aller finir mes jours en assurance et y servir Dieu, éloigné de tout le monde, avec d'autant plus de satisfaction que c'est dans le gouvernement de la Reyne, à laquelle on pourroit rendre par égards quelques petits services et en recevoir une agréable et puissante protection '. »

Bien que Foucquet ne confessât guère que les fautes dont il tirait vanité, la sincérité de ses explications est incontestable. Comme on n'en possède que la minute, on ne saurait dire s'il envoya ce mémoire à la Reine. Quoi qu'il en soit, cet examen de conscience révèle exactement l'état d'esprit de cet homme dont chacun enviait la prospérité et qui, dans son inquiétude, se voyait déjà relégué dans une île de Bretagne, comme si la fortune ne pouvait pas lui réserver de plus tristes perspectives.

1 Lettres et Instructions de Colberty t. II, préface, p. tiii à xii, d'après qq ms. de la Bibliothèque nationale^ fonds de l'Oratoire, 98, pièce 36. Foucquet avait rédigé une sorte de thème de cette pièce, conservé dans les Armoires de Baluze et publié par Feuillet de Gonches, Causeries tfun curieux, t. II, p. 551, comme 8*il s'agissait d'une note pour Mlle de Bel-Air. M. Chémel, Mémoire sur Foucquet, t. II, p. 25, a rectifié cette erreur.

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