MAISON DE FOUCQUET A SAINT-MANDE
des bâtiments, peu d'ornements, pas de sculptures ni de peintures; les tapisseries même y étaient fort simples. Le f;rand avantage du séjour à Saint-Mandé était le voisinage de Yincennes où Mazarin se plaisait. Gomme la maison était située à Touest de la rue, Nicolas occupa une petite parcelle de terrain contiguë au mur du parc, dans lequel on perça une porte; une voûte fut construite pour réunir les deux parties de la propriété. Il ne faut pas chercher d'autres mystères dans rétablissement de ce souterrain, dont il sera tant parlé dans Tavenir.
Saint-Mandé parait avoir coûté un demi-million ^
Indifférent pour ses logements de Paris, simplement homme de goût dans son installation de Saint-Mandé, c'est à Vaux que Foucquet manifesta sa passion de constructeur.
Venu au monde avec 1 amour de la bâtisse, mais non pour le seul plaisir d*entasser des blocs de pierre sur d'autres blocs, il avait de la construction moderne une conception propre. Nous laissons à de plus compétents le soin de la discuter; il nous sufBt de la reconnaître et de l'exposer.
La Renaissance avait remplacé le château fort du moyen âge par une construction plus appropriée à l'habitation paisible et commode. Réaction inconsciente ou voulue, on chercha plutôt la grâce que la majesté. Si quelques palais de ce temps-là donnent une impression de grandeur, ce ne fut, comme à Fontainebleau, que par leur étendue et par leurs accroissements successifs.
L'esprit humain ne se contente jamais des mêmes choses, si belles qu'elles soient. En tout il aime les changements.
1 En général, on admet que la livre de ce temjM équivaut k 5 francs d'au* jourd'hui. Maid il faut peut-être faire une différence quand il s'agit de bâtiments. Les matériaux n*ont pas subi la même augmentation que la maind'œuvre. Le château de Maisons avait coûté 7 â 800,000 livret. Ormessor, Mémoires, 1. 1, p. 285. Les comptes relevés par Talon (Défenses, t. VI, p. 176} montent â 485,000 livres.
Vers 1650, on remania le plan des habitations intimes, des hôtels à la ville. Il en fut de même pour les maisons des champs ' .
Plus de fantaisie, plus de bâtiments de diverses hauteurs ni d'étages simplement juxtaposés. On veut une belle ordonnance, c'est-à-dire le parallélisme, la symétrie, la suite dans les lignes; par-dessus tout Tunité. Toute fantaisie est impitoyablement reléguée dans Tornementation intérieure, où même on lui mesure l'espace. Au dehors, peu de sculptures, quelques statues, et c'est tout.
On ne saurait nier que cette conception de Tart de bâtir n'ait sa grandeur et sa beauté; mais Teffet est d'autant plus difGcile a obtenir qu'on ne veut user que de moyens simples, et qu'alors rien ne vaut, si ce n'est par l'ensemble. Tel plan, trouvé suffisant sur le papier, paraît mesquin dès que les murs sortent de terre. Que faire? démolir et recommencer sur nouveaux frais.
Or, Foucquet avait mis la main sur un architecte nommé Le Vau, dont le père s'intitulait « Conseiller du Roy, grand voyer et inspecteur général des bâtiments de Sa Majesté à Fontainebleau* » . Le Vau, successeur de son père, n'inspectait ces monuments que pour prendre un goût tout contraire. Il était de l'école, ou, si Ton veut, de la suite des Le Mercier et des Le Muet, les architectes du palais Cardinal et du palais du Luxembourg. Était-il architecte du Roi avant l'époque où il travailla pour le surintendant? Ce dernier l'employa-t-il d'abord pour lui donner ensuite la clientèle royale et celle non moins importante de Mazarin? Vraisemblablement, tout alla de pair.
Foucquet fit travailler à Vaux dès 1640, treize ans avant son élévation à la surintendance, u G'estoit, dit-il, une terre
> V. Labordb, De Por^anisatton des bibliothèques dans Paris, le palais Mazarin et les habitations de ville et de campagne au dix-septième siècle, p. 51 cl 71.
* Jal, Dictionnaire biographique^ art. Le Vau,