CONSTRUCTION DU CHATEAU DE VAUX
que je considérois comme mon establissement principal, avant que j'eusse Belle-Isie, et où je voulois laisser quelque marque de Testât où j'avois esté'. »
Les grandes constructions^ furent entreprises vers 1656, au même moment où le Cardinal commençait celles de Vincennes, et où le rétablissement de la paix intérieure permit de reprendre les travaux du Louvre. Il est beau, mais périlleux pour un particulier, d'employer des hommes qui, tout à leur art, comptent sur les réserves réputées inépuisables du Prince ou de TÉtat. On avait prévu les murs en brique; mais c'était bien vieux style, on les fit en pierre de taille.
Par surcroît, à l'architecte novateur, le goût trop éclairé de Foucquet adjoignit un jardinier de génie, Le Nôtre, et un peintre qui rapportait d'Italie une parfaite connaissance de tous les arts. Le Brun.
Le Nôtre était « dessinateur des parterres et jardins du Roy » , mais sans avoir eu jusqu'alors une occasion de montrer son talent. A Vaux, il taille dans le neuf, remue les terres, les vallonné pour le plaisir des yeux. On y dresse des parterres, on leur donne des premiers plans, des accompagnements de bouquets d'arbres, avec des horizons arrangés selon les lois de la plus savante perspective. Quand on eut bien travaillé la terre, ce fut une autre tentation. La petite rivière d'Anqueuil, très calme et très simple en son cours, passait par là. La détourner, la transformer en étangs, en ruisseaux bruissant dans le silence des bois, en torrents impétueux, en cascades, en jets d'eau, tel fut bientôt le rêve de Le Nôtre et de son patron. Justement Herwarth avait une occasion de faire venir du plomb d'Angleterre, à très bon marché. Foucquet en profita largement '.
» Défenses^ t. IX, p. 124.
* Vraisemblablement une première construction du cbâleau fut commencée en 1653. Y. les pièces publiées par M. BonnafTé. ' Défenses, t. XVI, interrogatoire de ?î. Foucquet.
Ces sortes de bons marchés ont toujours été ruineux.
Les belles eaux demandent de beaux bassins, de belles vasques, des marbres, tout un peuple de dieux et de déesses qui les distribuent.
Le Brun aida Le Nôtre à peupler ses jardins.
Le Brun revenait d'Italie, où il avait longtemps étudié, grâce à la générosité de Séguier. Il en rapportait des portefeuilles pleins d'études, de croquis pris sur les plus beaux restes de l'antiquité, sur les plus belles œuvres de Raphaël et de Michel-Ânge. Un portrait de Mme du Plessis-Bellière, un cabinet qu'il peignit à Charenton pour cette dame, l'avaient fait connaître à Paris, et tout particulièrement du surintendant'. Il s'empara de Vaux, s'y installa presque à demeure, surveilla, dirigea les peintres, les sculpteurs, les ouvriers du mobilier. Pour tout avoir sous la main, une fabrique de tapisseries de haute lice fut installée à Maincy. On se demande où et comment Foucquet pouvait habiter pendant les cinq ou six ans que durèrent les travaux, où des centaines d'hommes étaient employés, taillant, peignant, brouettant, canalisant. Mais se souciait-il de son logement? Ne préférait-il pas à l'achèvement même de l'œuvre Tagitation, la discussion des projets, seule jouissance qu'il lui fût donné de goûter?
Si Foucquet eut à son service un peintre de génie, il ne s'en efforça pas moins de réunir les œuvres de tous les artistes en renom. Il entretint une correspondance avec Poussin. Quand son frère Louis séjournait à Rome, il occupait ses loisirs à visiter les ateliers des peintres et des sculpteurs, les collections, qui constituaient les musées de ce temps, et s'il découvrait quelque pièce intéressante, il la signalait au surintendant'. Le goût de ce dernier était connu
* V. Batlb, Dictionnaire historique^ art. Le Brun^ cl*après le Mercure calant de 1690. Ce cabinet a été décrit dans délie, t. VI, p. 878. Jouin, Le Brun et les beaux-arts sous Louis XIV,
* BOHRAFFB, p. 38.
DESCRIPTION DU CHATEAU DE VAUX. 5t5
de tous. Quelques antiques ou copies d^antiques avaient été trouvées dans les environs de Lyon, on les lui envoya. Des statues ég[yptiennes lui vinrent on ne sait comment.
Il aimait la sculpture à Tégal de la peinture. Anguier travailla pour Foucquet, Puget également.
Le surintendant donnait le ton. Les financiers l'imitaient. C'est ainsi que Puget fut appelé au Vaudreuil, chez Girardin ' qui l'avait connu en Provence.
On a bien des fois décrit Vaux. La première description reste la meilleure, c'est celle que Mlle de Scudéry en a donnée dans la Clélie.
a Ce lieu-là a tant de beautés surprenantes qu'on ne peut les imaginer sans les avoir veues, ni mesme les bien représenter après les avoir admirées. Aussi a-t-il esté entrepris et achevé par un homme qui ne fait rien que de grand, et de qui l'esprit, par sa vaste estendue, ne peut concevoir de petits desseins; par un homme qui, donnant toute sa vie au service de son Uoy, veut mesme que ses plaisirs servent à l'embellissement et à la gloire de son pays. Mais quoyqu'il n'employé à faire bastir Valterre (Vaux) que les heures qui sont nécessaires pour délasser son esprit des grandes fatigues où le bien de l'Estat l'engage, il ne laisse pas de faire une chose qu'on croiroit qui devroit occuper toute sa vie. En effet, il ne faut pas s'imaginer que Vaux soit un de ces lieux que la nature a presque embellis toute seule. Au contraire, on peut dire sans exagération que Cléonime (Foucquet) l'a entièrement changé, et qu'il n'y a pas un endroit où il n'a adjusté une nouvelle grâce. Il a divisé une rivière en mille fontaines; il a réuni mille fontaines en torrens, et a si judicieusement entendu tout ce qu'il a fait, qu'on ne peut assez louer le jugement de celuy qui a sçeu si bien mes- 1er les beautez de l'art à celles de la nature, et si industrieusement diversifier tous les ornements d'un si beau lieu.
1 V. GovJOEf, La châtellenie de Vaudreuil, Les fragments d'un Hercule ont été récemment retrouTes.
« Vaux est situé à demi journëe de Paris; le chemin en est beau, et, pour surprendre d'autant plus, on n'aperçoit sa beauté que lorsqu'on est arrivé à Tavant-cour, qui est grande, belle et spacieuse. Elle a quatre grands pavillons, aux quatre coins, avec d'autres cours des deux costés qui dégagent celle-là.
Il Quand on est dans cette avant-cour, on voit devant soi la face du Palais, qui est basti sur une montagne d'architecture, s'il faut ainsy dire, car le perron, qui occupe toute la largeur de la seconde cour, a quatre repos et plus de vingt marches d'élévation, de sorte que cela donne une grande majesté au bastiment. Mais avant d'arriver à ce perron, on trouve des fossez grands et beaux, dont l'eau est vive, claire et belle; on passe un pont, et on entre dans la seconde cour.
A Quand on est au bout du pont, il n*y a rien de plus grand ni de plus magnifique que de voir ces beaux fossez pleins d'eau, ces terrasses, ces balustrades, ces fontaines jaillissantes, et ce magnifique perron qui traverse toute la cour.
« Au milieu, un grand vestibule à trois arcades, qui laissent pénétrer la vue à travers toute l'épaisseur de ce palais... Au milieu, deux très belles figures de jeunes enfants qui domptent des lions, pour tesmoigner que l'innocence vient à bout de tout, et les armes de N. Foucquet. Le dôme a beaucoup de magnificence.
a Quand on est arrivé au vestibule, on le trouve encore plus beau que l'on ne se l'estoit figuré, car la proportion en est belle et noble. Il est soutenu par douze colonnes, et d*un très bel ordre d'architecture ^ »
Ensuite, « on entre de plain pied dans le plus superbe salon qui fut jamais... Le dôme en est soutenu par douze arcades magnifiques, six à jour, trois du côté du vestibule, trois du côté des jardins. »
' M.Bonnaffé, dans son ouvrage : Le surintendant Foucquet, Paris, Librairie <le l'art, 1880, dit que le vestibule est orné de deux sutues et de quatre