‹ Nicolas FoucquetChapitre 158 sur 183 · DESCRIPTION DU CHATEAU DE VAUX · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DU CHATEAU DE VAUX

peintures de ce superbe salon satisfont ensemble et les yeux et la raison ' . »

Cette description est tout ce qui nous en reste.

Ce grand salon, en 1661, était orné de deux statues antiques, l'une représentant Auguste, Tautre Tibère, et de six bustes modernes.

Dans Tantichambre, Hercule, sur un char d*or enlevé dans les cieux; sous le char, un serpent écrasé. La Raison guide Hercule. La Gloire* lui prépare une couronne de chêne. Sur les murs, quatre pièces de tapisserie représentant l'histoire de Clytemnestre ; quarante sièges en moquette; au centre, une table de porphyre de trois pieds et demi de long'.

Mais ce qui excitait surtout Tadmiration, c'était la chambre des Muses. « Le Brun, songeant toujours à la gloire de son héros, a représenté, au haut de cette chambre, la Fidélité, que son puissant génie élève dans les cieux. La Prudence la conduit, la Vertu et la Raison sont auprès d'elle. » La Raison « semble montrer Apollon, qui avec son arc tire contre l'Envie» . Huit des Muses, groupées deux par deux, occupent les quatre pendentifs. Glio, les ailes déployées, aide la Fidélité pour élever au ciel le maître du logis et tient une trompette pour publier qu'il n'y a rien où la fidélité de Foucquet ne puisse atteindre.

Voilà une ingénieuse variation du Quo non ascendant P Par malheur, elle ne se présentait qu'après la comparaison ambitieuse de Foucquet avec le Soleil.

L'œuvre du surintendant subsiste.

1 Suivant M. Bonnaffé, les peintures du salon n'auraient pas été exécutées. G. Audran les aurait gravées d'après des cartons de Le Rrun. Il est vrai que Mlle de Scudéry parle du dessein du peintre. Toutefuis, Tensemble de sa description indique une œuvre vue en place et non en projet. De plus, La Fontaine, parlant ■ de la description de quelques endroits de ce beau séjour a, vise celle « du talon, laquelle on ne pouvoit assez estimer a. Songe de Vaux^ ch. II. Ces peintures un peu modiHées, ornèrent-elles plus tard le salon du château de Sceaux? Voyage pittoresque des environs de Paris ^ p. i89«

* Selon Bonnaffé : C Immortalité,

^ Inventaire de Vaux, publié par Bonnaffé.

Encore aujourd'hui, quand on arrive à Vaux en venant de Melun, on ne peut se défendre d'une grande impression. On n'aperçoit d'abord que les toits, mais à mesure qu'on approche, la cour d'honneur et le château semblent s'élever comme s'ils sortaient de terre, dans une superbe ordonnance. Si tout commande l'admiration, rien cependant n'étonne,, tant l'ensemble est à la fois grandiose et harmonieux.

La première grille, dont les pilastres sont formés par douze dieux taillés en façon de gaines, œuvres de sculpteurs émérites, est tout à fait digne du château sur lequel elle donne accès. Â droite et à gauche, des communs, orangeries, écuries, ayant une importance proportionnée à celle du monument principaP.

La façade du côté de l'arrivée est d'un goût irréprochable, d'un aspect noble, sévère, avec un caractère imposant, mais exempt d'ostentation. Si l'on traverse le vestibule et le grand salon, la vue du côté des jardins ne cause pas moins de satisfaction. Devant soi, autant d'espace qu'il en faut pour contenter l'œil sans le fatiguer. Les allées latérales et la terrasse du fond encadrent un vaste parterre où le parallélisme des lignes est racheté par la convexité générale du terrain et par la diversité des bassins et des parterres. Le dessin en est vraiment roval.

Si l'on parcourt ces jardins, mille détails d'un goût exquis occupent agréablement l'esprit et font oublier la distance. Puis, quand, arrivé à l'extrémité, au-dessus du grand bassin^ on se retourne , la façade intérieure du château apparaît à son avantage. Son défaut, un peu de lourdeur dans la coupole, s'atténue, et la masse du bâtiment domine avec majesté l'admirable ensemble de ce beau domaine. Rien n'y est choquant; rien n'y paraît écrasant, tant les proportions sont justes. C'est le vrai château du xvii* siècle.

I « Vaux-le-Vicomte, comme un homme puissant entouré de ses courtisans et qui se fait précéder de ses gardes, s'élève majestueusement appuyé sur ses pavillons. » LABonoE, loc, cit,, p. 79.

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