‹ Nicolas FoucquetChapitre 159 sur 183 · DEPENSES DE FOUCQUET EN BATIMENTS · texte numérisé non relu

DEPENSES DE FOUCQUET EN BATIMENTS

Vaux resta le chef-d'œuvre de rarchitecte Le Vau; Le Brun y a montré une liberté de pinceau, une souplesse, une délicatesse de goût qu'il n*a pas dépassées eu ses plus beaux jours. Le Nôtre n'a pas mieux travaillé à Versailles. Sans rien enlever de Thonneur légitimement dû aux artistes, on peut dire qu'ils en auraient volontiers reporté une part à leur collaborateur, à ce maître aimable et ingénieux, qui appréciait leurs efforts, qui les inspirait au besoin ^

On a beaucoup exagéré le chiffre des sommes dépensées à Vaux. On a parlé de vingt-cinq millions. Méchant propos d'un frère ennemi. Les comptes relevés par Talon indiquent 1,31 9, 000 livres*, etFoucqueten contesta l'exactitude. Toutefois, si Ton ajoute ce qui avait été payé antérieurement et ce qui restait du, on trouve un total de trois à quatre millions.

Quant à Belle-Isie, le surintendant n'avait pas eu le temps d'y faire de grandes dépenses, surtout des dépenses somptuaires. Le logis Foucquet^, s'il date de ce temps-là, est très modeste. Les travaux consistèrent surtout en fortifications dirigées par un ingénieur appelé d'Aigremont^ et par un autre appelé Gharnacé. Dès que la paix fut signée, on abandonna ces remparts, ravelines, moineaux et le reste, pour porter r effort sur les dépenses productives. Foucquet

* Noasne pouvons décrire Vaux en détail. Le lecteur curieux pourra consulter les travaux de MM. Grnisy et Montaif,1on, sur les artistes qui travaillèrent à ce chef-d'œuvre; de M. Bonnaffé, Le surintendant Foucquet, notice insérée dans VAmi des monuments, 18S7, n^* 3 et 4, avec des vues et dessins. M. Pfnor a publié (librairie Morel, 1889) une étude spéciale sur Vaux. Ce domaine, bien détérioré à la Hévolution (Bulletin de la Société de rhistoire de France, 1843, rapport de Grégoire à TAsseinblce nationale), est heureusement devenu la propriété de M. Sommier, qui, faisant un noble usa(;e de sa grande fortune, s'applique à restaurer ce magnifique château, avec un goût, avec un scrupule que les historiens et les artistes ne sauraient trop louer.

' Défenses, t. VI, p. 175. Les meubles sont compris dans cette somme.

' V. plan de Belle-Isle par De Fer.

^ Défenses, t. IX, p. 109. Gourville, dans ses Mémoires, a défiguré le nom de Charnacé, dont il a fait Charte. Foucquet y envoya aussi un sieur Gilard, qui était charpentier*

avait senti la nécessite de tirer un revenu de ce domaine imprudemment acquis. A la suite d'études faites par un Hollandais appelé Loger, le port fut agrandi, des moulins furent bâtis; on voulait évidemment attirer une population plus nombreuse. Ce que Foucquet favorisa surtout, ce fut la pèche de la sardine ' .

 Belle-lsle, Tartiste ne se montra pas. Nicolas avait dessein de réparer Téglise. Par ce qu'on sait du goût du temps, il est à peine regrettable qu'il ne l'ait pas fait.

Si l'on additionne toutes ces dépenses de Saint-Mandé, de Vaux, de Belle-lsle, on trouve un total de cinq millions environ. Ce chiffre est bien inférieur à celui qu*iudiquent les ennemis du surintendant; il ne laisse pas d'être énorme.

L'auleur d'un livre intitulé les Conseils de la Sagesse, dont l'anonyme cache, a-t-on dit, Foucquet, s'est exprimé ainsi : a Salomon (c'est le héros) se plaisoit aux bàtimens et aux ouvrages de l'architecture. Jamais la nature ni la grâce n'a fait de grands hommes qu'elle ne leur ait inspiré cette passion héroïque ^. » Si ces paroles peuvent être de Nicolas, en voici d'autres qui sont certainement de lui :

tt Le grand revenu dont j'ay joui à cause de ma charge, à cause des biens de ma femme, à cause des droits que j'ay acquis à bon marché, les grands appointemens de la surintendance, et quelques gratifications que le Boy m'a faites, ont esté cause que j'ay fait le dessein plus grand que je n'a vois eu intention d'abord; ceux dont je me suis servi l'ont encore poussé plus loin que je ne voulois ; je ne croyois pas que les choses deussent couster à beaucoup près ce qu'elles ont cousté; on m'a trompé dans les estimations, on a fait des marchés de tout, et puis par les augmentations ces marchés ont doublé. Quand la chose a esté bien avancée, je n'ay pas pu faire des pas en arrière, il a fallu ache-

" Défenses, l. IX, p. 109.

• Conseils de la Sajesse, t« partie, préface, t. II, p. %!%, cdit. 1736.

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