‹ Nicolas FoucquetChapitre 160 sur 183 · DEPENSES PERSONNELLES DE FOUCQUET · texte numérisé non relu

DEPENSES PERSONNELLES DE FOUCQUET

ver, et quand mes revenus n*ont pas estd sufHsans, j'ay contracté des dettes pour subvenir à cette dépense.

« Il est encore vray que Timpatience m*a pris, et que la lenteur et Téclat m'ont déplu; j'eusse voulu estre hors de cet embaras, j*ay écrit et récrit qu'on se hastast d'y mettre fin, qu'on fît un effort tel qu'on voudroit, mais qu'on terminast tout, qu'il m'estoit indifférent de faire en un an ou bien en plusieurs ce qu'il faloit une fois achever, j'ay mandé qu'on y mist nombre d'hommes, afin que l'éclat, le désordre et la confusion des matériaux et d'ouvrages imparfaits peussent cesser.

«Les discours de M. Colbert ou de mes ennemis, qui prenoient malicieusement ces sortes d'avantages contre moy, m'importunoient; je voulois leur en retrancher le prétexte en vendant la terre ; mais il estoit impossible de le faire en Testât où elle estoit; je voulois donc que le chaos et l'embarras n'y parussent plus, afin de ne pas rebuter ceux qui vouloient s'en accomoder '. »

Passe encore de bâtir; mais ce qui coilte, c'est d'entretenir et de faire dans ces bâtiments une figure digne de leur grandeur. D'instinct, Foucquet était magnifique et agissait en précurseur d'un règne fastueux. Réglant sa dépense sur des revenus, non pas fixes et certains, mais espérés et trop aléatoires, il ne se souvenait de vingt ans de vie orageuse que pour mieux apprécier les heures de triomphe, car avec lui on ne peut parler de repos.

Le grand luxe de ce temps était la table, la table plutôt abondante que recherchée. Les primeurs d'alors seraient dédaignées des petits bourgeois d'aujourd'hui. Mais tout venant, un peu connu du maître, s'installait et dinait ou soupait, qui assis, qui debout, contre un bufFet '.

■ Défenses, t. IX, p. iî4.

' Tall^mant a parlé de quatre cents personnes nourries \ Vaux. Cela ne peut s'entendre que d'un jour de fête, ou bien on aura compris les ouvriers dans ce chiffre. V. Historiettes,

Par une continuation ruineuse de bonne chance, Foucquet avait mis la main sur un homme exceptionnel, Watel. Ce personnage, resté célèbre, occupait chez le surintendant une position assez difficile à préciser, tenant du factotum, du grand panetier, du grand écuyer, du maître des palais des rois et des princes. Il s^entendait si bien à ses fonctions que, lors du séjour à Paris du duc de Mantoue, Mazarin l'emprunta à Foucquet et le chargea, au nom du Roi, de l'entretien de ce visiteur princier'. Il lui confiait même volontiers le soin d'assurer le service de la Cour à Vincennes. Nicolas payait.

Ces distinctions fort honorables sont aussi très dispendieuses. On a évalué à vingt-cinq mille livres par mois les dépenses personnelles de Foucquet et de sa famille ^ Lu somme est exagérée, ou du moins comprend beaucoup de dépenses autres que celles de table; mais en y comptant les fêtes données au Roi, aux Reines, aux étrangers de distinction, on atteint le chiffre de dix à douze mille livres par mois.

Foucquet, de plus, était grand joueur. Le jeu était la passion de ce temps, et les plus sages cherchaient de spécieux prétextes pour expliquer leur faiblesse. Mme Foucquet jouait comme son mari. Mazarin et ses nièces donnaient Texemple. Il y avait des joueurs malheureux , Herwarth par exemple, qu'on se disputait comme une proie*. Il y en avait comme Gourville, dont tout le crédit reposait sur leur veine intarissable. Il est vrai que ce dernier, homme peu glorieux, se retirait dès qu'il perdait légèrement ou gagnait beaucoup.

Quant à Foucquet, il jouait avec ardeur. De tous les défauts qu'on lui a reprochés, c'est celui qui paraît le plus prouvé. On l'excusait alors, comme on admiraitses dépenses, car tout est bien dans un homme heureux et puissant.

* Défenses, t. V, p. 335.

* GounviLLE, Mémoires, p. 144.

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