CHAPITRE J>REMIER
NAISSANCE, EDUCATION, PREMIEIl EMPLOI DE NICOLAS FOUCQUET.
Quand Nicolas Foucquet vint au monde, en ICI 5, il ëtnit le troisième enfant, le second fils de la famille. Lorsqu'il atteignit Tâge de sept ans, deux sœurs et un frère le suivaient. De deux années Tune, le cercle autour de la table de François Foucquet et de Marie de Maupeou s'agrandissait. Sur seize en tout qui vinrent au monde, on en vit douze bien vivants, six garçons, six filles.
Cette bénédiction du ciel ne laissait pas d'imposer aux parents une lourde tâche, à laquelle ils ne faillirent pas. Rien ne fut négligé de ce qui pouvait assurer l'avenir de la génération nouvelle.
De bonne heure, Nicolas montra une intelligence vive, servie par une grande facilité de travail. Fils d'un père très instruit, d'une mère très méthodique, il n'eut pas à subir ces incertitudes de direction où se perdent trop souvent les plus fécondes années de la jeunesse.
Conformément aux idées de sa famille, son éducation fut confiée aux Jésuites. Le succès de ces religieux comme instructeurs de l'enfance grandissait chaque jour. Les élèves eux-mêmes, subissant le charme, aimaient ces ma!-
très qui les aimaient. Sous cette merveilleuse influence, ils contractaient entre eux des amitiés efficaces et durables. Nicolas Foucquet trouva au collège de Clerroont des camarades comme Cossart, qui ne Tabandonnèrent jamais, des maîtres comme René Rapin, qui firent son éloge et celui des siens aux heures obscurcies par Tinfortune. Il est juste de dire que, devenu puissant et riche, il n'oublia ni ses maîtres ni ses amis, et qu'il leur donna des preuves magnifiques de sa reconnaissance.
Le jeune Nicolas occupait une chambre dépendant du collège; un précepteur y habitait avec lui. On obtenait ainsi tous les avantages de l'éducation en commun, sans courir les chances d'une promiscuité dangereuse *. L'adolescent, rentrant dans sa famille, y trouvait un heureux complément d'éducation. C'était son père, mêlé à toutes les grandes affaires de son temps, revenant tantôt de Nantes avec le tragique récit de la condamnation de Chalais, tantôt de Suisse avec la narration de'son ambassade. A certains jours, d'Esnambuc décrivait les merveilles des Antilles, ses capitaines apportaient des objets précieux et rares. La bibUothèque paternelle, pleine de livres sérieux, était embellie par de nombreuses curiosités. On y voyait deux beaux globes, l'un céleste, Tautre terrestre, des médailles antiques, une barque des sauvages du Canada^, et tout à côté le logis était la fidèle image de son propriétaire, à certaines heures magistrat sévère, à certaines autres amateur d'art, passant de l'audience du conseil à la commission chargée d'établir à Paris la première fabrique de tapisseries de haute lice. Quelque autre jour, le grand-père maternel, le vieux Maupeou, n'était pas sans raconter ses luttes contre les ligueurs,
' On a rinventaîre des meubles de la chambre occupée par G. Foucquet, Tun des 61s mineurs de F. Foucquet. (Etude de M* T^eFebvre, notaire à Paris.)
* « En Tallée de la maison, un petit bateau d'escosse de bois de Canada, prisé 6 livres.
« Deui gros globes céleste et terrestre montés, prisés 100 livres. •
(Inventaire des meubles de Fr. Foucquet en 1640. Étude Lefebvre.)
luttes OÙ le grand-père paternel de Nicolas avait perdu la vie; ses travaux financiers sous les ordres de Sully et du président Jeannin; comment on peut remplir les coffres de TÉpargne; comment aussi ces coffres sont vidés par les dépenses de la guerre ou par les prodigalités de la paix.
Entre le père et l'aïeul, la mère, Marie Foucquet, apparaît, bonne, active, intelligente, résolue, vraie femme forte de rÉcriture. Au milieu des soins prodigués à ses seize enfants, elle trouvait le temps de visiter les pauvres et de pratiquer, sans ostentation, toutes les bonnes œuvres.
Ces puissantes impressions, à Tàge tendre où les reçut Nicolas Foucquet, ne s'efFacent jamais. Ces leçons, ces exemples étaient bien faits pour ouvrir au jeune homme d'abord de grandes perspectives, puis les carrières les plus diverses, administration, justice, finances, commerce; et, de fait, on le vit réussir dans toutes ces directions. Par bonheur pour lui, la famille était si nombreuse et rétablissement de tant d'enfants constituait un si gros problème à résoudre, qu'on n'avait pas de temps à perdre en projets chimériques. L'aîné des garçons, celui qui portait le nom des ancêtres, François, sujet également bien doué, fut de bonne heure destiné aux fonctions civiles. Par suite, on songea à faire de son cadet, Nicolas, un homme d'Église, d'autant plus qu'un arrière-grand-oncle, Isaac Foucquet, était trésorier de Saint-Martin de Tours. Le 22 février 1 631 , Nicolas reçut la tonsure ecclésiastique et fut pourvu du bénéfice de ce grand-oncle '.
* Nomination Faite par le Hoy, le 22 janvier 1631, à Paris, de la personne de Nicolas Foucquet, clerc tonsuré du diocèse de Paris, à la dignité de trésorier de Saint-Martin de Tours, sur la résignation de son oncle, Isaac Foucquet, s' de Lourney, conseiller aumônier de Sa Majesté. Contresigné Louis de Loménie. (Bibl. nat. , Cabinet des titres. Pièces originales, dossier Foucquet, p. 387-396.) Isaac, grand-oncle de Nicolas Foucquet, était fils de François Foucquet et de Lézine Ou pif. Il dut mourir vers le commencement de 1636. 21 mars 1636, inventaire, après le décès, des meubles d'Isaac Foucquet. — 1*^ décembre 1636, partage de la succession dudit. (Inventaire déjà cité.)
Il était alors âgé de seize ans seulement. En droit, rien ë dire. Nombre de princes et de grands seigneurs bien plus jeunes possédaient des abbayes et des évécbés. Au fond, Tabus était criant. Quoi qu'il en soit, Nicolas n'entra pas plus avant dans la carrière ecclésiastique. Le 4 décembre de cette même année 1631, son frère aîné François fut, comme on Ta dit, nommé conseiller au Grand Conseil avec dispense d'âge, » en considération des services du sieur Foucquet, son père » . L'héritage du grand-oncle permettait de faire quelques sacrifices en faveur du puîné, et, le 29 novembre, Nicolas était reçu avocat au Parlement de Paris.
Par une combinaison fréquente alors de nécessités financières et de vues politiques, Richelieu avait résolu d'établir à Metz un Parlement chargé de rendre la justice dans les Trois-Évéchés réunis à la patrie française. Le ministre limitait ainsi la juridiction du Parlement de Paris, déjà trop importante à son gré, et en même temps portait sur la frontière lorraine un corps d'habiles procéduriers. La force a souvent primé le droit; mais en ce temps-là, les puissants tenaient à se couvrir de l'apparence du droit. Il plaisait à Richelieu d'employer à Metz ces esprits discuteurs qui l'agaçaient à Paris. En outre, comme toutes les charges nouvelles se vendaient, plus grand leur nombre, plus grosse la recette. On multiplia donc le nombre des places. Un premier président à six mille livres, six présidents à trois mille livres, quarante-six conseillers à quinze cents livres, le reste à l'avenant, en tout cent six offices à vendre ' .
Toutefois, vu la nouveauté du titre, Téloignement du lieu, l'incertitude de l'avenir, les amateurs étaient rares et réservés. C'étaient des offices dans les petits prix, à la portée d'un père de douze enfants.
L'édit de création du nouveau Parlement est daté de jan-
' Mercure françois, t. XV III, p. 948; Histoire de Metz, par les Bénédictins, t, III, p. 255.