FOUCQUET CONSEILLER A METZ
vier 1633. Le 14 mars de la inéme année, Nicolas Foucquet, inscrit depuis plus d'un an sur le tableau des avocats au Parlement de Paris, était nommé conseiller a Melz. Gomme il devait prendre des dispenses d âge ', il n'arriva qu'après l'installation de la Cour, dont les débuts furent pénibles. Richelieu la soumit au baptême du sang. Un sieur Âlpheston, accusé de tentative ou plutôt d'intention d'assassinat contre le Cardinal, fut condamné à mort et exécuté. C'est au lendemain de cette tragédie que le second fils de François Foucquet se présentait pour être installé dans sa charge. Le jeune Nicolas, soumis à l'examen professionnel, se tira avec honneur de ces épreuves, et Antoine Barillon de Morangis, dans un rapport au Roi, rendit hommage au talent dont il avait fait preuve (24 septembre 1633). Ce magistrat, l'un de ceux qui avaient refusé de condamner le maréchal de Marillac, était le parent de cet autre Baril- Ion qui devait, quelques années plus tard, mourir prisonnier dans la citadelle de Pignerol.
Cet éloge adressé à un jeune homme à peine âgé de dixhuit ans, admis grâce à des dispenses, pourrait faire croire à quelque complaisance d'un ami de la famille si des preuves irrécusables ne nous étaient restées de la capacité réelle de Foucquet. Il reçut mission, avec son collègue Marescot, d'inventorier les papiers du Trésor de la chancellerie de Yic^, où se conservaient tous les titres du temporel de l'évéché de Metz. Richelieu chargeait ses jeunes feudistes de voir si le duc de Lorraine n'avait pas empiété sur le domaine du Roi ^.
* Em. MicuEL^ Biographie du Parlement de Metz, t. I, p. 49 et 50. Les provisions de Toffice de conseiller au Parlement de Metz sont datées du 14 mars 16^; Tacte de réception, du 24 septembre 1633. Bibl. nat., Cabinet des titres.
« Bibl. nat., ms. fr. 18910, f» 1.
' LicvASSon (Histoire de Louis Xill)^ avec sa lourdeur d^esprit ordinaire, ne veut voir qu*un prétexte dans ce motif, énoncé tout au long dans les lettres de création du Parlement. Richelieu a<;is3ait à Tallemande et invoquait le droit historique, quand il croyait utile de le faire.
Le travail ne laissait pas de présenter des difficultés. Certaines layettes, notamment la layette A, renfermaient des pièces remontant à Tannée 1254, dont la lecture exigeait des connaissances paléographiques assez étendues. Il n'exis* tait pas alors d'École des chartes, et les jeunes gens avaient dil apprendre spontanément à lire les anciens actes. D'après l'inventaire qu'il dressa et diaprés les cotes des pièces inventoriées, Nicolas s'acquitta parfaitement de sa tâche. Toute personne qui, relevant jadis de l'évéché, n'en reconnaissait plus la suzeraineté , fut soigneusement notée et signalée à Richelieu ^.
On aime à voir ces magistrats, à peine sortis de l'école, rechercher les moyens d'étendre la puissance de leur patrie; mais dès lors apparaît un défaut de notre race française, l'ignorance des langues étrangères. Nicolas Foucquet et son collègue Marescot, très versés dans la connaissance du grec et du latin, ne savaient pas l'allemand, et tous les actes écrits en cette langue restaient fermés à leurs investigations. Il fallut que, par lettres patentes de mai 1634, on leur adjoignît « Jean Frenschemius, natif de Worms, interprète en langue germaine ^ » , celui-là même qui composa plus tard les Suppléments à Tite-Live.
Richelieu n'attendit pas l'achèvement des travaux de ses légistes. Alléguant l'attitude défiante du duc de Lorraine, il envahit le duché, en occupa la capitale, se réservant de prouver son droit plus tard. Par suite, on détacha du Parlement de Metz un nombre suffisant de magistrats pour composer à Nancy un conseil souverain, dont Nicolas Foucquet fit partie ^ (16 septembre 1634).
Il convient de ne rien exagérer. Cependant, il faut remarquer la puissance d'activité, de travail, d'intelligence
I Bibl. nat., ms. fr. 18910, f' 2. Analyse de la layette A, pièce 17. Cf. deux autres exemplaires, même Bibliothèque, fonds français, n^ 4467 et 482. 9 Bibl. nat., fonds français 18910, 1^2; ms. fonds français 41^67, î^ 557. » Mercure français y t. XX, p. 182, 192.