‹ Nicolas FoucquetChapitre 161 sur 183 · FOUCQUET PROTECTEUR DES LETTRES · texte numérisé non relu

FOUCQUET PROTECTEUR DES LETTRES

A peine remarquait-on les générosités de ce fastueux •surintendant pour THôpital de Paris, dont il était administrateur, pour- de bonnes œuvres en France et dans les colonies. Sa mère, restée simple au milieu de ces grandeurs, ne le sollicitait jamais en vain. Cette sainte femme, pensant âux pauvres paysans de Maincy, aux maçons, aux terrassiers, avait, au milieu des splendeurs naissantes de Vaux, installé les Sœurs de Saint-Vincent de Paul.

On vient de voir Foucquet protecteur des beaux-arts. Il n'était pas moins célèbre comme ami des lettres. On s'accorde à reconnaître qu'il était fort instruit'. Après trente ans de la vie qu'on lui a vu mener, non-seulement il lisait couramment Horace et Cicéron, mais encore écrirait en vers latins très corrects. Il risquait même la petite pièce de vers français*, léger défaut dans tous les temps, plus excusable au dix-septième siècle qu'à toute autre époque.

Nicolas faisait mieux que de rimer. Il aitnait les poètes, et dans un temps où la poésie, même celle du grand Corneille, était très délaissée. Scarron, s'adressant aux Muses, rappelle les injures qu'elles ont reçues de la guerre :

Qaand la guerre, troublant le calme de nos jours, Fit entendre en tous lieux le bruit de ses tambours, Ce bruit contraire aux vers, favorable aux gazettes. Fit cesser vos concerts et vous rendit muettes, Et les moindres goujats, pieds nus et déchirés. Aux sçavants mieux vestus se virent préférés. Notre changeante Cour, seule arbitre des modes, Traite les beaux esprits de pédans, d'incommodes, Les beaux vers de chansons, les ri meurs d*artisans, Et votre art méprisé n*eut plus de partisans. Mais fûtes-vous jamais de Foucquet méprisées? Entre ceux qui vous ont toujours favorisées, Qui de fréquents bienfaits vous comble comme luy?

1 Choist, Mémoires, p. 444.

' Rathert, Mademoiselle de Scudéry, t. I, p. 280.

Ht ce n*est pas sans choii qu*îl répand ce qu*il donne : Il sçait par le mérite estimer la personne, Et peu^ dans le haut rang où sa vertu Ta mis, Ont mieux que luy sçu faire et choisir des amis l.

Dans une pièce adressée à Mlle de Scudëry, après avoir, suivant la formule, apostrophé le siècle, le poète ajoute :

Mais que dis-je^ insensé ! l'heureux siècle où nous sommes Me le cède à nul autre à donner de grands hommes. Il nous donne le grand, le généreux Foucquet.

Qui surpasse Foucquet en justice, en bonté, Et qui porte plus loin la générosité?

11 sçait sans se tromper mettre la différence Entre le vray mérite et la fausse apparence; Il prévient la demande, et secourt au besoin L*illustre malheureux, tant de près que de loin. J*en puis parler, Sapho, sa bonté non commune Combat depuis longtemps ma mauvaise fortune *.

Scarron Tavait déjà dit en prose : « M. le procureur général m'a donné une pension sans que je la luy aie demandée '. »

n Monseigneur, lui écrit-il une autre fois, si on ne se satisfaisoit soi-même en faisant du bien, je ne sçay pas pourquoy vous m'en feriez. Je ne vous suis point utile. Je ne dois pas aussi espérer de contribuer beaucoup à votre divertissement, ne pouvant avoir l'honneur de vous approcher, ni de me faire connoistre autrement à vous que comme tous les autres me connoissent, pour être malheureux durant ma vie comme un damné, et pour faire quelquefois des livres, c'est-à-dire (le grand Dieu le permet ainsi) une des grandes incommodités du genre humain ^.

n On n'a point vu de surintendant en France aimé et estimé comme vous êtes. Aussi n'en a-t-on point vu de si généreux et de si obligeant que vous, mais je croy qu'il vous

> Scarron, Dernières OEuvres, Paris, 1709, t. I, p. 235, 236.

« Ibid., p. 262.

' /6i</., p. 80. Lettre de Scarron k un frère de Foucquet, Louis ou François.

« Jbid,, p. 93.

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