LOUANGES DES POETES POUR FOUCQUET. 53T
en coilte bon, et qu'une grande réputation vous attire de grandes importunitez ^ »
Scarron disait vrai ; Foucquet était assiégé par les solliciteurs, aussi hardis que des créanciers. Mais
Son adresse sans seconde Sçait Kart de refuser le monde, Et de luy plaire en même tems.
Soit qu'il accorde ou <ju*il refuse, C*est avecque tant de rai9on Que nul ne sort de sa maison Qui ne le loue ou ne Texcuse *.
Il n'y a qu'une voix sur la bonne grâce du surintendant, et c'est à quelque autre, tout son contraire, que devait penser La Fontaine quand il écrivait ces vers charmants :
Tel donne à pleines mains qui n'oblige personne. La façon de donner vaut mieux que ce qu'on donne.
Scarron a encore bien peint — sur ouï-dire — Foucquet se délassant à Saint-Mandé, y discourant de littérature avec Pellisson et La Fontaine.
La Fontaine, un des protégés du surintendant, qu'il avait connu par son parent Jannart, a le ton moins plaisant que Scarron, mais plus libre. Foucquet, donnant un tour aimable à toutes choses, avait prétendu que le poète devait lui payer une pension pour le soin qu'il prenait de faire valoir ses vers, et La Fontaine, déjà malicieux, paya en surintendant des poètes.
C'est la yérité Que Monseigneur n'a que trop mérité La pension qu'il veut que je lui donne. En bonne foi, je ne sache personne «
A qui Phœbus s'engageât aujourd'hui De la donner plus volontiers qu'à lui.
Cette monnoie est sans doute légère.
Et maintenant peu la savent priser.
Mais c'est un fonds qu'on ne peut épuiser. Plût aux destins, amis de cet empire, Que de l'épargne on en pût autant dire '!
' Scarron, Dernières OEuvreSy t. I, p. 96.
' Jbid,y p. Î77.
' La Fortaieik, Œuvres diverses, p. 33. Paris, 1804.
Pour cette fois, le surintendant avait son compte. La Fontaine paya le premier terme à Mme Foucquet.
Comme je vois Monseigneur votre époux Moins de loisir qu'homme qui soit en France, Au lieu de lui, puis-je payer à vous?
Seroit-ce assez d'avoir votre quittance ^?
Le second terme vaut encore mieux que le premier.
0 vous, rbonneur de ce mortel séjour, Ce n'est pas d'hui que ce proverbe court. On ne l'a fait de mon temps ni du vôtre : Trop bieu savez qu'en langa^^e de Cour Promettre est un et tenir est un autre *•
Le poète possédait une âme tendre et ouverte à l'amitié. Un jour, vers 1659, il portait son tribut au maître de Saint- Mandé, qui, très affairé, le pria de prendre patience. Après une heure d'attente , La Fontaine s'en alla comme il était venu, u le cœur gros » , gros non de dépit, mais de compassion pour son Mécène.
A la fin vous n'aurez pas
Loisir de prendre vos repas.
Le Roi, l'Etat, votre patrie
Partagent toute votre vie.
Rien n'est pour vous, tout est pour eux!
Bon Dieu ! que l'on est malheureux
Quand on est si ^and personnage!
Seigneur, vous êtes bon et sage.
Et je serois trop familier
Si je Faisois le conseiller.
A jouir pourtant de vous-même
Vous auriez un plaisir extrême.
Renvoyez donc en certains temps
Tous les traités, tous les traitants ;
Les requêtes, les ordonnances,
Le Parlement et les finances,
La Cour, la paix et le mariage.
Et la dépense du voyage Qui rend ses coffres épuisés.
Nous avons cité entre les poètes deux des plus célèbres
* La Fontaine, Œuvres diverses, p. 35.
« Jbid., p. 37.