LOUANGES DES POETES POUR FOUCQUKT
de ce temps. On a vu au-dessus d'eux le grand Corneille rendant hommage à la générosité délicate de Foucquet. Au second plan se présentent Brebeuf, Benserade, Boisrobert \ Gombaut, Charles Perrault, dont les petits poèmes sur Tamour et sur Tamitié avaient ravi le surintendant*.
Les poètes latins étaient encore plus nombreux. En premier lieu venaient Gabriel Cossart', Madelenet *, Gervaise *, René Rapin, Halle. Plusieurs pièces sentent bien un appel à la générosité du Mécène, mais il est juste de constater que le plus grand nombre témoigne d'une admiration sincère et même d'un réel attachement.
Mlle de Scudéry, faisant parler les Muses dans Clélie, place Foucquet immédiatement après Richelieu comme protecteur des lettres.
« Nous aurons pourtant encore après luy des protecteurs en France, et il y aura entre les autres un homme dans les principales charges de TEstat qui nous escoutera quelquefois Favorablement au bord de ses fontaines. Il aura une très grande capacité pour toutes les grandes affaires; il fera les choses les plus difficiles sans empressement, et les plus nobles actions sans vanité; il aura l'esprit vif et pénétrant, une modestie et une pudeur sans exemple; de la douceur, de la justice, de la probité, et ne manquera jamais à sa parole ny à ses amis; aussy sera-t-il vénéré particulièrement de tous ceux qui auront de la vertu, et mes compagnes et moy inspirerons le désir de chanter sa gloire à tous les poètes de son temps, qui ne seront pas en petit nombre^. »
* Boisrobert a compose une pièce de vers assez médiocre qui se trouve au hsLS du portrait du fils aîné de Foucquet.
^ Charles Pkrrault, OEuvres choisies, p. 333. Paris, 1823.
* G. CosSAitTi Orationes et Carmina, Paris, Barbou, 1723. V. dans ce 'volume, p. 169, une dédicace de thèse présentée par Jacques Jannart.
* Madblkhbti Carmina, Paris, Barbou, 1725. V. les poèmes, p. 73, 80,93. ^ N. Gervaise avait été chargé de composer les inscriptions pour les fontaines de Vaux et les peintures de Saint>Mandé.
^ SccoÉRT, Clélie, 4« partie, livre II, p. 863, édit. de 1660.
Foucquet avait hérité de la bibliothèque et des curiosités de son père, qui n*avaient de valeur, comme Tavait dit ce brave homme dans son testament, que par leur réunion. Il ne cessa de les augmenter, achetant des livres et même des collections entières, comme celles du médecin Moreau ^ et de M. de Montchal, rarchevéque de Toulouse *. Les libraires, les auteurs lui offrirent un grand nombre d'ouvrages. Gomme procureur général, il avait droit au dépôt légal. Bientôt un bibliothécaire devint nécessaire. Le père des Champsneufs, parent de Foucquet, son ami, fut nommé à titre honoraire. L'administration était con6é à un sieur Garcavv, conseiller au Grand Gonseil, homme d'un rare mérite, que des infortunes de famille avaient réduit à entrer dans les bureaux du surintendant '.
La bibliothèque fut installée à Saint-Mandé, dont elle était le principal ornement. Benserade, La Fontaine, Gorneille y attendaient plus patiemment qu'ailleurs l'instant propice pour voir le « patron » .
Des auteurs en tous genres dédièrent leurs œuvres à Foucquet. On ne saurait les énumérer ici. Ges ouvrages sont variés; philosophes, antiquaires, voyageurs, jurisconsultes, tous recherchaient le patronage de Foucquet.
Protecteur des artistes. Mécène des poètes et des savants, Nicolas Foucquet cherchait-il d'autres succès plus intimes? Est-il ce surintendant dont Nicolas Boileau, poète ennemi des femmes, a dit qu'il ne trouva jamais de cruelles? Il s'est formé à ce sujet une sorte de légende fortifiée par un semblant de preuves, par quelques billets, quelques lettres mis en circulation en un moment trop suspect.
1 Notice sur les hommes les plus célèbres de la Faculté de médecine, p. ill. Paris, 1778.
• Bymaille sur les plus célèbres bibliotières de Paris, Parîf , 1869, p. 78.
3 Annuaire du Bulletin de la Société de t histoire de France, 1874, p. 236; Marolles, Mémoires, t. III, p. 251; Sorberiana, p. 86. Carcary avait été conseiller au parlement de Toulouse.