‹ Nicolas FoucquetChapitre 164 sur 183 · RELATIONS FEMININES DE FOUCQUET · texte numérisé non relu

RELATIONS FEMININES DE FOUCQUET

On ne peut bien juger des lettres et des amourettes de ce temps-là sans se reporter aux romans à la mode, VAstrée, le Grand Cyrus, la Clélie^ ce dernier surtout. On s'y rend compte de la valeur exacte de certaines expressions, de certaines intrigues de convention. On y trouve « ces demies maistresses qu'on aime sans inquiétude, qu'on sert sans assiduité et qu'on quitte sans chagrin ' » , ces amoureux sujets à « certaines petites absences de cœur ' » . Mlle de Scudéry donne la recette des lettres galantes. « On y parle parfois d'amitié comme si on parloit d'amour '. » Quant aux lettres d'amour, leur caractère doit être « tendre et passionné... Il faut mesme qu'il y ait souvent un peu d'inquiétude, car les lettres de félicité ne font nullement bien en amour...; quand mesme on n'auroit point de sujet de se plaindre, il s'en faudroit faire pour son plaisir *. »

Où sont donc les victimes de Foucquet?

On a cité la jeune Trécesson. Mais la spirituelle Bretonne fut charmée plutôt que séduite par cet homme qu'on lui dépeignait comme enfermé dans une grandeur inaccessible et qui se montrait si facile d'abord, si aimable et si doux. Elle le vit peu de temps et partit, emportant le souvenir de quelque entretien dans le petit cabinet de Saint-Mandé, toute Gère de cette intimité entre elle, petite fille, et Monseigneur.

« Je ne pance qu'en vous, lui écrivait-elle, et touttes les amittiés que l'on me témoigne de part et d'auttre ne m'en détourne pas un momants *. » Foucquet n'était pas jaloux ; mais il veillait de loin sur sa petite envoyée, qu'il savait exposée à de grandes séductions.

La lettre suivante est un pur décalque de la Clélie ou du Grand Cyrus :

» Clélie, t. IV, p. 617, édit. 1656.

« Jbid., p. 649.

» Jbid., p. 1139.

^ Lettre autographe du 11 octobre 1658. Bibl. nat., Baluie, 150, f* 245.

54t KICOLAS FOUCQUET.

« Ce 25 octobre 1658 K

« Si ramitié que j*ay pour vous ne se Irouvoit pas ofFansée par les reproches que vous me faites, j'aurois pris bien du plaisir à les lire, et j'aurois apris aveques quelques santimants de joye Tinquiétude où vous ailles de scavoir ce qui se passe icy touchant Mlle de Bellairt (Trécesson), puisque asseurément ce n'est point une marque que vous ayez de l'indiférance pour elle; mais coy que j'en fasce ce jugement, qui ne m'est point désagréable, je ne puis m'empescher de m'affliger extrêmement que vous en ayés fait un de moy si injuste et si désavantageux; car je vous asseure que ce n'est point manque de conBance, ny par aucune préoccupation de ce coutté cy que j'ay manqué à vous escrire cent petites choses que j'ay creu des bagatelles sans importance.

a Mais enfin, puisque je vois que vous avez une bonté pour moy que je n'aurois auzé espérer, coy que j'aye tousjours désiré la continuation de vostre amitié plus que toutes les choses du monde, je vous diray qu'il ne se passe rien entre Mlle de Bellair et M. du Clos (M. de Savoie), qui soit désavantageux ny pour vous ny pour elle; elle a treuvé le moyen de s'en faire craindre et de s'en faire estimer malgré luy.

« Mandez-moy de quelle manière je dois continuer à vous escrire, et soyez persuadé que mes discours et mes actions ne seront jamais contraires à Tamytié que je vous ay témoignée. M

En général (18 avril 1659), les lettres de Trécesson portent l'empreinte du respect. « Je suis bien aisse de m'estre trompée dans l'appréhension que j'avois eu d'avoir un peu perdu de l'amitié que vous m'aviez promise. Je préfère vostre estime à toutes les choses du monde. Je ne sçay ce que je vous dois respondre sur la bonté que vous vouliez prendre de mon establissement^. »

« Bibl. nat., Baluze, 150, f> 249.

s Lettre du 18 avril 1659. Baluze, 150, f» 319»

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