PORTRAIT DE MADAME DU PLESSIS-BELLIERE
Étrange galant que Foucquet, à qui toutes les filles s'adressaient pour trouver un mari.
Trécesson, qui aurait bien voulu revenir à Paris, demande à voir d'abord comment les choses tourneront à Turin. Et ce n'était pas coquetterie. Peu après, elle épousa un gentilhomme portant un nom devenu bien célèbre, celui de Cavour *. Dévouement, respect éternels, tels seront ses sentiments pour M. le baron et Mme du Ryer, c'est-à-dire pour Foucquet et pour Mme du Plessis-Bellière.
Chacun peut juger de ces lettres selon son expérience ou son imagination. Pour nous, elles ont un parfum de galanterie romanesque plutôt que de séduction.
Les gens malveillants ont compté parmi les maîtresses du surintendant Mme du Plessis-Bellière, la propre tante de Trécesson.
Voici ce que disait de cette dame une contemporaine, trop polie certainement pour relever un léger défaut, mais aussi trop sincère pour donner des éloges immérités :
K Mme du Plessis-Bellière est une femme d'un si grand mérite qu il y en a peu qui Tesgalent... d'une si rare vertu, qu'elle mérite d'estre proposée pour exemple à toutes les autres; et il y a dans son cœur je ne sçais quoy de si noble, de si grand, de si bon, de si tendre et de si héroïque, qu'on peut dire que les dieux ont fait un chef-d'œuvre en la faisant. Elle réunit toutes les vertus qui font un homme d'honneur et toutes celles qui font une honnête femme.
a Pour sa personne, quoy qu'elle soit infiniment aimable, qu'elle ait la taille bien faite et déliée, les cheveux fort beaux, les yeux pleins d'esprit et de douceur, la physionomie spirituelle, modeste et agréable, qu'elle ait une certaine langueur pleine de charmes, qu'elle ayt même dans le son de sa voix je ne sçais quoy de doux et de tendre qui touche le cœur de ceux à qui elle parle, et qu'elle chante
1 MoKTPEKSiBB^ Mémoires, t. III, 566.
de la manière du monde la plus passionnée, on diroit qu'on ne doit pas parler de tout cela et que la vertu de Mélinthe (Mme du Plessis), son esprit, sa conduite et sa générosité doivent s'opposer à tous les autres éloges qu'elle mérite '. »
Ce portrait est quelque peu rajeuni. En 1658, Mme du Plessis-Bellière touchait à la cinquantaine. Restée veuve avec des enfants à établir, douée de trop de sens pour compter sur les promesses du Cardinal, elle s'était adonnée aux affaires par nécessité d'abord, puis par goût, et parce qu'elle y réussissait. Foucquet songeait à elle pour la défense de ses intérêts en cas de disgrâce. Encore ne lui avait-il pas communiqué son plan. Elle était l'amitié, non pas l'amour. On lui a prêté un rôle ignoble d'entremetteuse, accusation grossière et sans preuve, détruite même par mille preuves contraires.
On a cité encore Mme Scarron. Certes, c'était une personne admirablement belle, de beaucoup d'esprit et de plus de sens encore. Elle connaissait la femme de Foucquet'. Mais peut-être n'avait-elle jamais vu le surintendant avant la mort de son mari. Une tradition non suspecte la montre solliciteuse modeste, dissimulant sa beauté^. Au temps où l'on n'avait de raison ni de la ménager ni de la calomnier, on ne lui attribua aucune des lettres saisies à Saint-Mandé ou à Vaux. Toute sa correspondance passa sous les yeux jaloux du jeune Roi, et, d'après les sentiments qu'il témoigna plus tard à Mme Scarron, on peut croire qu'elle ne s'était nullement compromise avec Foucquet.
Un quatrième nom a été prononcé, celui de Mme d'Âssérac. Abstraction faite d'une insinuation malveillante, on ne trouve rien contre cette dame. Mme d'Asserac, née Pélagie de Rieux^ était mariée à un homme bizarre ,
1 délie, t. VIII, p.l300.
2 Lettre du 13 octobre 1659. Scarron, Dernières Œuvres^ t. I, p« 107. '^ Marcou, Étude sur Pellisson, p. 254.