PORTRAIT DE MADAME D'ASSERAC
s'occupant d'astrologie judiciaire, laissant à sa femme le soin de gérer une fortune embarrassée. Par chance, elle avait assez le goût de ce genre d'occupation. Sa maison était redevable de grosses sommes aux Foucquet, d'où des relations obligées entre le surintendant et la duchesse, qui devint veuve vers 1657. Leurs rapports dans la suite eurent presque toujours le même caractère. Constructions à File Dieu, vente de l'île Dieu; achat du mont Saint-Michel, vente du mont Saint-Michel, toutes opérations seulement conseillées par Foucquet. Que le surintendant ait apprécié cette femme supérieure, on n'en saurait douter, puisqu'il lui assigna, dans son projet de défense, un poste à côté de Mme du Plessis-Bellière. Il y a là l'indice d'intérêts communs, mais pas la moindre trace de galanterie.
On voit ce qu'était Mme d'Asserac. Qu'elle ait ressenti une sérieuse amitié pour Nicolas Foucquet, c'est incontestable. Que cette amitié, née de la reconnaissance pour les services rendus, ait pris à la longue une forme plus tendre, on le croira volontiers. Mais on donnerait trop d'importance à des commérages de suivantes si, pour quelques cadeaux de points de Venise ou de velours de Gênes, on faisait de la marquise une maîtresse du surintendant. Gomme Mme du Plessis-Bellière, elle avait de gros soucis de famille, avec tous ses biens engagés, jusqu'au marquisat d'Asserac. On ne voit pas bien l'intrigue amoureuse qui aurait pu se suivre au milieu de complications légales, de saisies, de ventes sur décret, de retrait lignager.
On insiste. Toucquet s'est montré très entreprenant, témoin cette lettre que la dame lui écrivit au lendemain d'une scène de violente passion.
« De ma vie, dit-elle, je n'éprouvai si bien la force que j'ai sur moi-même que je fis avant-hier. Il ne s'en fallait rien qu'elle ne me manquât quand je vous quittai, et je me saurai bon gré toute ma vie de l'avoir su garder jusques au bout. Enfin, Monsieur, voyez les desseins que le change-
ment des vôtres m*a fait prendre : ils sont de travailler toute ma vie à vous le faire reprocher à vous-même, et si, pendant tout ce temps, il s'en trouve un où vous soyez en situation de faire un discernement juste des gens, vous puissiez voir que les moindres obligations font chez moi ce que les plus grandes, ailleurs, ont peine d'y établir. Voyez si mon ressentiment est à craindre '. »
C'est chose bien dangereuse que la prévention. Convaincus que le surintendant ne pouvait se trouver en téteà-téle avec une femme sans la violenter, les éditeurs de cette lettre ont admiré la belle défense de la marquise et la leçon si ferme donnée par elle à son agresseur.
Ou nous nous trompons, ou Ton a commis une grosse méprise.
Un projet de mariage avait été formé entre le jeune d'Asserac et une fille de Foucquet, qui abandonna cette alliance pour une plus relevée*.
La fameuse scène d'amour se réduit à une explication délicate entre un père ambitieux et une mère froissée. Cette mère cependant conserve sa dignité : a Monsieur, voyez les desseins que le changement des vôtres m'a fait prendre! » Elle a eu la force de se contenir, comme elle aura celle d'étouffer tout ressentiment.
La scène dramatique s'évanouit, et , encore une fois , Tamitié prend la place de l'amour.
Nous voilà au bout de cette liste incommensurable, des tnille e tre de ce don Juan. Est-ce à dire qu'au-dessous et au pied de toute cette fumée, quelquefeun'eûtpointcouvé?Non, comme Tavoueront plus tard ses avocats, le surintendant n'a pas toujours vécu avec « toute l'innocence » désirable '. Il ne parait pas pourtant avoir été jamais un grand vainqueur.
1 Chkrvkl, Mémoire, t. I, p. 365. Pour rintelligence du t«xte^ Torthographe n'a pas vié conservée.
• /V/Vii*«, i. X, 592.
* Journai de Comont, Bibl. Maiarine, ms. 1448.