‹ Nicolas FoucquetChapitre 167 sur 183 · LETTRE D'AMOUR ADRESSÉE A FOUCQUET · texte numérisé non relu

LETTRE D'AMOUR ADRESSÉE A FOUCQUET

Un seul fait est relaté dans une chronique scandaleuse, et encore faut-il dire que Foucquet paraît plutôt séduit que séducteur.

Suzanne Garnier, dame de Brancas, avait jeté son dévolu sur lui, qui résista de son mieux et ne succomba qu'à son corps défendant '.

Quand il attaquait, c'était autre chose, il ne triomphait pas. On a vu la résistance de Sévigné.

A vrai dire, dans toute cette vie intime de Foucquet, une femme seulement apparaît avec l'expression d'une passion réelle. Celle-là devait être la sincérité même. On ne la connaît que par cinq ou six lignes de billet, mais si exquises qu'elles suffisent à la faire aimer.

M Je pars à la fin demain, assez incommodée, mais ne sentant point mon mal, dans la joie que j'ai dans la pensée de vous voir bientôt. Je vous en prie, que le jour de mon arrivée j'aie cette satisfaction. Je ne vous puis exprimer l'impatience où j'en suis et, moi-même, je ne la puis trop bien comprendre; mais je sens qu'il ne seroit pas bon que je vous visse la première fois en cérémonie, parce que ma joye seroit trop visible. Adieu, mon cher; je t'aime plus que la vie. »>

La femme qui écrivit, avec une orthographe fantaisiste, ce billet si naturel, si expressif, si en dehors de la formule Scudéry, est restée et restera inconnue. Je découvrirais son nom qu'il me semblerait indélicat de le publier^.

1 Mais lui, toujours comme un glaçon.

Ne mord jamais à l'hameçon.

Jamais on ne le put surprendre.

Il avait une amitié tendre Pour son bonhomme de mari.

On dit que malgré qu'il en eut, Qu'elle en fit ce qu'elle voulut.

Les Fausses Prudes, ou les Amours de Mme de Brancas. Histoire amoureuse des Gaules, t. II, p. 337.

* fiibl. nat., ms. Baluze^ 150, p. 21. M. Chéruel attribue ce billet, en hési-

Le tableau ne serait pas fini si cet homme si occupé dans les affaires, dans les bâtiments, allant des poètes aux belles dames, nétait peint dans son intérieur , entre sa femme et ses enfants. Il s'y montrait bon mari^ bon père. Sa femme, parta{;eant ses goûts, prenait des leçons de peinture de Le Brun', écoutait volontiers les hommages des poètes ", recevait des dédicaces d'auteurs'. Elle avait même quelques-uns de ses défauts : elle jouait avec passion. Très entreprenante, elle accompagnait Nicolas dans ses voyages; elle avait même éprouvé un accident en revenant de Toulouse *. Au demeurant, tout dans ce ménage respirait la paix, Tunion, le bonheur.

Telle apparaissait, en 1660, la situation de Foucquet^ plus forte encore, plus belle, plus enviable que nous ne l'avons dépeinte, car les contemporains n'y voyaient pas d'ombre. Seuls, quelques amis, comme le Père des Champsneufs, s'effrayaient de cette prospérité. Ce vieil ami d'une famille dont il partageait encore plus les douleurs que les joies, composa, vers 1659, un recueil d'extraits des psaumes, qu'il intitula Davidis suspiria*. Il le dédia à son fils adoptif, à ce Nicolas qu'il suivait dans sa carrière, depuis ses débuts au Parlement de Metz. Cette dédicace est touchante : point d'éloges, mais des conseils de modération.

« Puisses-tu, au milieu de cette dignité suprême, de cette puissance, de ces honneurs auxquels si peu de gens peuvent aspirer et encore moins atteindre, puisses-tu, au milieu de tant d'actions de grâces, d'empressements, de vœux d'obsé-

tant, il est vrai, à Mme du Plessis-Bellière. Cette attiibutioa n^est pas soutenable. Aucune ressemblance d'écriture ni dWtbographe. 1 RoiSHOBERT, Poésies mêlées»

* La Fontaine lui a dédié plusieurs pièces de vers^ et Scarron la seconde partie du Roman comique.

' Une Vie des saints est dédiée à Mme la procureuse générale.

* Guy PkTiy, Lettres, II, 410. Cf. ms. Arsenal, Conrart, XI, 159.

^ Davidii suspiria, excerpta a P. des Champsaeufs, Socictatis Jesu, presbltero. Paris, Cramoisy, 1659. Un autre recueil, Euangelica dicta, paru en même temps, est dédié à L. Fourquet, évéque d*Agde.

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