AVERTISSEMENTS DONNES A FOUCQUET
quiosité, respirer parfois avec David, l'attacher à de plus hauts objets que ceux dont le monde et la fortune déterminent les limites! Si tu n'en avais pas connu la vanitë, la mort récente de ton collègue ' te Taurait révélée. Par cette mort, toute la responsabilité du Trésor de France a retombé sur toi. Cette augmentation de ta charge, les grands et les petits Tout accueillie avec des démonstrations de joie. Félicitent-ils le Prince et le pays, ils sont dans la vérité et dans la justice; mais si c'est à toi-même qu'ils s'adressent, ils ne sont pas tes amis. Quant à moi, autant je me réjouis au nom du bien public, autant je gémis sur toi.
«Notre Ordre fait vœux pour que tu ne prêtes qu'une partie de toi-même à cette prospérité qui passe, et que tu te réserves tout entier pour celle qui est éternelle.
« Telles sont nos communes prières; mais, pour moi encore, qui te suis attaché à tant de titres et par tant de bienfaits, plus étroitement par ma volonté que par la parenté, j'ajoute à ces vœux mes soupirs. Autant j'en ai adresse à Dieu, autant j'en ai voulu tirer du sein de David pour les répandre dans le tien. Assez de gens applaudiront à ton bonheur, trop peu en soupireront; et cependant, les soupirs doivent tempérer toute félicité humaine, sinon elle livre les hommes au malheur*. »
Le petit livre fut classé dans la grande bibliothèque. Les bons conseils sont comme la bonne semence, il faut qu'ils trouvent des esprits préparés. Trop de passions diverses occupaient celui de Foucquet pour qu'il lui fût possible d'écouter ces affectueuses recommandations. La mère de Nicolas, que cette prospérité inquiétait, que la vie fiévreuse et dissipée de son fils alarmait, alla exposer ses craintes au P. Vincent. Ce saint homme connaisait Foucquet, ses défauts, ses vices si Ton veut, mais aussi son bon
> Servien.
* Dauidis suspiria, excerpta a Petro des Champineafs. Parisîis, 1659, in-16.
cœur, son inappréciable charité pour les pauvres et pour les misérables.
« Donnez la mère et l'enfant a Notre-Seigneur, répondit Vincent de Paul à Mme de Maupeou; il vous rendra bon compte de tous les deux. » Sous ces paroles assez simples se cachait une connaissance profonde des vicissitudes humaines. Pendant des mois et des années, ni conseils ni sermons ne valent. Tout à coup une heure sonne où la voix longtemps méconnue se fait entendre aux fils des bonnes mères, où à ces mères chrétiennes Dieu rend bon compte de leur fils*. Cette heure d'épreuve, d'inquiétude et de salut devait bientôt sonner.
* CoLLBT, Vie de saint Vincent de Paul^ t. III, p. 71. Id. Vie abrégée^ p. 312.