TESTAMENT. IL DÉNONCE FOUCQUET AU ROI. — SA MORT
(Ayril-novembre 1660.)
Par un effort surhumain de volontë, Mazarin assista debout au mariage du Roi, pour aussitôt retomber, rompu. C'est sur un secret appel de la mort qu'il s'était décidé à conclure précipitamment la paix, tantôt cédant au besoin de repos exigé par un corps épuisé, tantôt se trompant par rillusoire espérance de porter la tiare et d'être souverain, en droit comme en fait '. Homme prudentissime, il avait, à cet effet, conservé sa nationalité italienne, et signait toujours « Mazarini » . Inutile prudence. Le Cardinal était condamné. Toutefois, si dans le public on le savait malade, ce politique avait usé de tant de feintes qu'on ne se fiait ni à ses quatre ou cinq maladies, ni à sa demi-douzaine de médecins ^. Il était revenu des Pvrénées étendu dans un carrosse, comme autrefois son terrible prédécesseur Richelieu avait remonté le Rhône couché dans un bateau.
A Fontainebleau, la Cour prit cinq jours de repos. Fouc-
' Chantelauze, Les derniers jours de Mazarin, a trcs bien établi d'après les contemporains que cette idée de devenir pape avait hanté Mazarin. • Guy Pkjifn, Lettres, t. II, p. 88.
quel, en faveur évidente, eut Thonneur de la recevoir à Vaux. Il ne s'agissait plus d'une visite à Timproviste. C'était le Roi, ramenant une jeune reine, nouvelle mariée, qui, pour la première fois, honorait de sa présence la maison d'un de ses sujets. La réception fut fastueuse; la pompe du service égala la délicatesse du dîner '. Sans posséder encore toute sa perfection, ce beau domaine avait pris ses plus belles parures. « C'était un lieu enchanté ^. » Tout le monde fut ravi. Seul, le Cardinal, esquivant la fête, s'achemina lentement à Yincennes.
Foucquet avait assez laborieusement préparé l'enregistrement du traité de paix, dont plusieurs clauses soulevaient les observations du Parlement; dès que l'accord fut établi. Talon (21 juillet) prit la parole, et dans un discours emphatique fit un pompeux éloge de ce traité. Des politiques aux vues plus longues le critiquaient, il est vrai ; mais ces critiques, trop fines ou trop mordantes, se perdaient dans le concert d'adulations prodiguées au ministre triomphant et mourant. Mazarin cependant n'était pas satisfait, tourmenté par un caprice de malade^.
Dès le mois de février 1660, Lamoignon avait sollicité l'honneur d'aller avec le Parlement jusqu'au fond de la province féliciter le Roi sur son mariage. Mazarin, alors, usant d'une extrême circonspection, et faisant écrire à Colbert par secrétaire, manifesta le vif désir que cette même députation le félicitât, lui aussi, sur le succès de ses négociations^. Colbert s'empresse de répondre que M. Talon en avait déjà fait la proposition. Honneur exceptionnel, dont on citait seulement deux exemples. Talon l'obséquieux comptait sans le formaliste Lamoignon.
1 LoRKT, La Muze historique, t. III, p. 231. (Lundi 17 juillet.)
• MosTPE:ïSiEn, Mémoires, t. III, p. 489.
' Cha>telauzk, Les derniers jours de Mazarin^ Correspondant du 10 août 1880, p. 81; GuT-PàTiH, Lettres, t. II, p. 88.
* Clémert, Lettres et Instructions, t. I, p. 432.